Samedi 16 Décembre 2017

Industrialisation : l'Éthiopie est-elle sur la bonne voie ?

Industrialisation : l'Éthiopie est-elle sur la bonne voie ?
(RFI 06/10/17)

Face à ses faiblesses structurelles, le géant est-africain, appelé à devenir la future usine du monde, entreprend un vaste chantier de réformes pour accélérer le "made in Ethiopia". Chercher à établir des corrélations, voire des relations de causalité, entre le développement des pays et la structure de leur économie est un pari qu'ont tenté de relever beaucoup d'économistes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, Smith et Ricardo reliaient déjà la richesse des nations à l'ouverture au commerce et à la spécialisation des pays en fonction de leurs avantages comparatifs – là où le ratio de productivité par rapport aux autres pays est le plus élevé.

En 1954, Lewis formalise les mécanismes de transfert de la main-d'œuvre entre les secteurs traditionnels à faible productivité et les secteurs modernes à plus forte productivité. La « transformation structurelle » est alors généralement synonyme de la réduction du secteur agricole au profit des secteurs industriels ou des services.

1/3 d'agriculture, 1/3 d'industrie, 1/3 de services ?

Sans doute à la lumière de la diversité des trajectoires de croissance, les années 2000 ont vu les économistes renouveler leur intérêt pour ces processus de modification de la structure productive des économies.

Plusieurs indicateurs de transformation structurelle sont mobilisables, donnant lieu à une diversité des études et des résultats. McMillan et ses coauteurs, par exemple, montrent qu'entre 1990 et 2000, la main-d'œuvre aurait en fait migré vers des secteurs peu productifs, jouant négativement sur la croissance en Afrique et en Amérique latine. C'est la thèse de la désindustrialisation précoce. D'autres indiquent que c'est surtout le degré de diversification de l'économie qui importe, les pays continuant de se diversifier jusqu'à atteindre un niveau de PIB par habitant qui est à peu près celui de l'Irlande.

Pour le continent africain en particulier, on peine à mettre en évidence une relation claire entre le degré de diversification et le PIB par tête. En revanche, des travaux de recherche récents ont mis en évidence une corrélation positive entre croissance et développement du secteur manufacturier, ce dernier ayant un effet puissant sur la réduction de la pauvreté et la création d'emplois.
La politique industrielle comme processus politique de découverte

Une fois ces corrélations démontrées, une des questions-clés en matière de politique de développement est celle de savoir si c'est la « transformation structurelle » qui entraîne la croissance ou l'inverse. Dit autrement, faut-il avoir une politique volontariste d'industrialisation ?

Le « miracle asiatique » a structuré ce débat autour de cas concrets « d'État développemental » comme celui de la Corée du Sud. Dans un contexte post-consensus de Washington qui fut l'occasion de relire certaines success stories souvent expliquées par la seule ouverture au commerce à la lumière du rôle de l'État, les économistes s'accordent à dire que l'intervention de ce dernier est nécessaire pour créer les conditions propices à l'identification des secteurs les plus productifs. C'est la position défendue et argumentée par Hausmann et Rodrik.

Le gouvernement éthiopien qui a succédé au régime du Derg en 1991 a fait ce choix d'une politique volontariste d'industrialisation. Depuis 2015, le deuxième plan de croissance et de transformation structurelle (Growth and Transformation Plan II) vise notamment le développement de trois secteurs prioritaires (textile, cuirs et articles en cuirs, agroalimentaires). Il repose sur des mesures fiscales et non fiscales cherchant à promouvoir les exportations et à attirer les investissements directs à l'étranger.
Les résultats en Éthiopie

Dans le cadre d'un programme dédié soutenu par l'AFD, les chercheurs de l'Ethiopian Development Research Institute montrent que malgré cette politique volontariste, la part de l'industrie manufacturière dans le PIB reste faible (autour de 5 %), tant par rapport aux objectifs fixés par le gouvernement dans le cadre du GTP II (8 %), que par rapport à la moyenne en Afrique subsaharienne (autour de 8-10 %). Le constat est le même pour les cibles en matière d'exportations.

Lire la suite sur: http://afrique.lepoint.fr/economie/industrialisation-l-ethiopie-est-elle...

Commentaires facebook