Dimanche 18 Février 2018

En crise avec l’Egypte, le Soudan se tourne vers l'Ethiopie

En crise avec l’Egypte, le Soudan se tourne vers l'Ethiopie
(La Tribune 16/01/18)
Workeneh Gebeyehu (G), le chef de la diplomatie éthiopienne et son homologue soudanais, Ibrahim Ghandour (D)

Un allié régional de substitution ? En crise diplomatique ouverte avec Le Caire, les autorités de Khartoum lorgnent moins vers le nord où se trouve le grand voisin, l’Egypte d’Abdel Fattah Al Sissi. Le Soudanais Omar El Bechir regarde plus vers le Sud, chez le grand rival, l'Ethiopie, à la recherche de nouveaux liens diplomatiques. Opération d’intimidation de l’Egypte pour la pousser à revenir ?

Omar El Béchir n'a pas eu à chercher loin. Après une crise diplomatique avec l'Egypte, le président soudanais a trouvé le réconfort chez le grand rival : l'Ethiopie. En bisbilles avec son grand voisin du nord, Khartoum veut intensifier ses relations avec Addis-Abeba.
Le remplacement de l'allié fâché par le grand rival

Ce dimanche, Workeneh Gebeyehu, le chef de la diplomatie éthiopienne est arrivé à Khartoum pour une visite à son homologue soudanais, Ibrahim Ghandour. Même si l'entretien entre les deux ministres des Affaires étrangères a pu porter sur une stratégie antiterroriste dans la région, elle a pu aussi avoir des implications sur des intérêts mutuels entre Addis-Abeba et Khartoum.

Pour le contexte, Khartoum et Le Caire ont frôlé la rupture diplomatique après le rappel de l'ambassadeur soudanais dans la capitale égyptienne en protestations d'ingérences du Caire dans les affaires intérieures en recevant sur son sol, des rebelles soudanais. Khartoum répondait aussi à ce qu'elle a qualifié de « décision irresponsable » de la part de l'Egypte qui a remis en doute la partialité de la médiation soudanaise dans le partage du Nil dans la foulée de la construction controversée par l'Ethiopie du Barrage de la Renaissance.

L'Egypte qui appelle à une médiation de la Banque Mondiale, jugée plus impartiale, a sans doute porté un coup au Soudan pour avoir cédé pour une période de 99 ans à la Turquie, l'île de Suakin, sur les bords de la Mer rouge. Ce bail turc provisoire avalisé lors de la dernière tournée africaine de Reccep Tayyip Erdogan cacherait en fait une « guerre » diplomatique par alliés interposés entre la Turquie qui soutient le Soudan et les Emirats Arabes Unis, grand protecteur de l'Egypte.

Loin du conflit entre grandes puissances régionales, le rapprochement avec Khartoum est aussi bénéfique pour Addis-Abeba. L'Ethiopie, presque constamment en guerre avec l'Erythrée, devrait saisir l'occasion pour tenter de l'isoler dans la région et damer le pion à l'Egypte sur la question du Barrage. C'est justement au milieu de rapports conflictuels de voisinage qu'Omar El Béchir espère tirer son épingle du jeu.

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