Jeudi 19 Octobre 2017

Contre toute attente, le Parlement éthiopien met fin à l’état d’urgence

Contre toute attente, le Parlement éthiopien met fin à l’état d’urgence
(Le Monde 04/08/17)
La police repousse la contestation des Oromos.

Ce régime d’exception avait été instauré en octobre 2016 pour faire face à la contestation des Oromo, l’ethnie majoritaire en Ethiopie.
Réuni en session extraordinaire, le Parlement éthiopien a voté, vendredi 4 août, la levée de l’état d’urgence instauré le 9 octobre 2016 à la suite de mois de manifestations anti-gouvernementales qui auraient fait plusieurs centaines de morts. Initialement prévu pour six mois, l’état d’urgence avait été prolongé, le 29 mars, de quatre mois supplémentaires.

Est-ce une surprise ?

« Tout le monde pensait qu’il serait prolongé », confie un journaliste éthiopien, notamment à cause d’un regain de tensions, fin juillet, dans la région Oromia après la hausse d’une taxe sur les petites et moyennes entreprises. C’est aussi une surprise pour Befeqadu Hailu, l’un des membres fondateurs du collectif de blogueurs éthiopiens Zone9, qui s’est retrouvé à deux reprises derrière les barreaux : « Je suis surpris parce que le prochain festival oromo Ireecha aura lieu dans deux mois. Les autorités auraient pu être inquiètes que cela se termine en manifestations. L’état d’urgence diminuait les risques. »

Le 2 octobre 2016, cette fête traditionnelle des Oromo, l’ethnie majoritaire en Ethiopie, s’est soldée par des affrontements qui ont entraîné une bousculade meurtrière, faisant plusieurs dizaines de morts selon le gouvernement. Ce fut l’élément déclencheur de l’état d’urgence, après des mois de manifestations anti-gouvernementales. La rage des Oromo à la suite de ce drame a provoqué de violents heurts dans la région Oromia, où des entreprises locales et étrangères ont été la cible de manifestants et de pillards. Les autorités ont alors décrété l’état d’urgence pour « rétablir la paix et la sécurité », compte tenu des « récentes perturbations, des violences et des activités illégales » sur le territoire.

Que s’est-il passé pendant dix mois ?

Lors de l’instauration de l’état d’urgence, le gouvernement a notamment imposé un couvre-feu dans des usines, des fermes et des institutions gouvernementales, ainsi qu’une restriction pour les diplomates, qui avaient l’interdiction de se déplacer sans autorisation au-delà d’un périmètre de 40 km autour de la capitale. Les forces de sécurité pouvaient rechercher, arrêter les suspects ou fouiller leur domicile sans mandat. Ces mesures ont été progressivement révoquées. Les réseaux sociaux sont restés bloqués pendant plusieurs mois et uniquement accessibles par le biais de réseaux privés virtuels (VPN). Les rassemblements publics ont été interdits sans autorisation pendant toute la durée de l’état d’urgence.

Aussi, « de graves violations des droits de l’homme ont été commises, y compris la détention arbitraire de dizaines de milliers de personnes, affirme Felix Horne, chercheur à Human Rights Watch (HRW). Beaucoup d’entre elles sont toujours détenues, soit sans aucune charge, soit sur des accusations motivées par des raisons politiques. » Plusieurs prisonniers ont confié au Monde Afrique avoir été victimes d’actes de torture lors de leur détention, avant de subir une sorte de « rééducation politique ».

Au total, plus de 21 000 individus ont été arrêtés, dont plusieurs journalistes et deux chefs de file de l’opposition : Merera Gudina, président du Congrès fédéral oromo (OFC), et l’ancien porte-parole du parti Semayawi, Yonatan Tesfaye. Ils seraient encore 7 700 derrière les barreaux, d’après le ministre éthiopien de la défense, Siraj Fegessa.

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