Jeudi 18 Janvier 2018

Befeqadu Hailu : « Maekelawi n'est pas la seule prison où on pratique la torture en Éthiopie"

Befeqadu Hailu : « Maekelawi n'est pas la seule prison où on pratique la torture en Éthiopie"
(Le Point 11/01/18)
Befeqadu Hailu

La fermeture annoncée du centre de détention de Maekelawi a fait réagir le blogueur Befeqadu Hailu. Pour y avoir séjourné 84 jours, il le connaît bien. Le ciel s'est éclairci pour les prisonniers concernés par la décision annoncée le 3 janvier dernier par le Premier ministre de les libérer. Parmi eux, il y a de nombreux membres de partis politiques qui ont apprécié, au-delà de leur élargissement, l'annulation des poursuites pour d'autres personnes mais aussi la fermeture du centre de détention de Maekelawi, situé dans la capitale Addis-Abeba et qui devrait être transformé en musée. Befeqadu Hailu, cofondateur du collectif de blogueurs Zone 9, connaît bien Maekelawi. Sur les cinq cent quarante-quatre jours de détention qu'il a eu à supporter, il en a passé quatre-vingt-quatre dans cette prison. Il a répondu aux questions du Point Afrique.

Le Point Afrique : Comment avez-vous réagi à l'annonce du Premier ministre éthiopien le 3 janvier dernier ?

Befeqadu Hailu : J'avais les larmes aux yeux. J'étais au tribunal ce jour-là quand j'ai appris la nouvelle. J'étais en train de suivre le procès de 38 personnes poursuivies pour des raisons politiques. Quand je suis sorti du tribunal pour déjeuner, j'ai entendu que le Premier ministre avait promis de libérer des prisonniers politiques et de fermer la prison de Maekelawi. C'est tombé de nulle part et j'étais très surpris. Je ne savais pas comment réagir, comment me sentir, quoi penser. J'étais excité, confus, méfiant. On était cinq à suivre le même procès. Et, parmi nous, trois ont connu Maekelawi. On a célébré cette annonce tout en étant méfiants par rapport au risque que la prison soit transférée à un autre endroit. Il ne faut pas qu'elle change simplement de lieu. Maekelawi n'est pas la seule prison où on pratique la torture dans notre pays, mais c'était un symbole des traitements de torture pratiqués sous les trois derniers régimes*. Cette fermeture symbolique doit être suivie par la fermeture d'autres centres de détention et de torture.

Haile Mariam Dessalegn a évoqué la période du Derg (1974-1991) pour justifier la fermeture de Maekelawi, lieu de torture à l'époque. Pourtant, en 2013, l'ONG Human Rights Watch dénonçait dans un rapport des tortures pratiquées entre 2010 et 2012. Qu'en pensez-vous ?

Moi et mes amis, nous avons été victimes de cette chambre de torture. Je peux vous nommer des centaines de personnes qui ont beaucoup souffert dans cet endroit. C'est peut-être une déclaration politiquement correcte pour le Premier ministre, mais personne n'y croit. À chaque fois que vous allez à la Haute Cour fédérale, vous entendez quelqu'un se plaindre d'avoir été torturé à Maekelawi. Si la prison devient un musée, commémorant les tortures commises sous le Derg en oubliant les tortures commises sous le régime actuel, ce sera ridicule. Il n'y a rien qui ne fasse plus plaisir aux victimes que la fermeture de ce lieu, qu'il devienne un musée, une résidence ou un marché. Cette fermeture signifie beaucoup, même si ce n'est pas la promesse d'arrêter la torture et la violence en Éthiopie.

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