Jeudi 25 Mai 2017

L'Érythrée et l'UE : noces barbares en vue, avec les migrants pour témoins

L'Érythrée et l'UE : noces barbares en vue, avec les migrants pour témoins
(Médiapart 28/11/16)

Le 28 novembre, le Parlement Européen accueillera en son sein le ministre de "l'Information" (sic) érythréen, Yemane Gebremeskel, pour une réunion portant sur "le développement et la coopération" avec ce qui demeure l'une des plus sanglantes dictatures africaines. L'initiative vient du député européen irlandais Brian Hayes, du PPE (Parti Populaire Européen - centre droit), membre de l'Economics and Monetary Affairs Committee.

Dans 'Illusions perdues', un Honoré de Balzac féroce décrivait ainsi la subtile diplomatie : "voulant des hommes discrets, elle permet aux ignorants de ne rien dire, de se retrancher dans des hochements de tête mystérieux; et qu'enfin l'homme le plus fort en cette science est celui qui nage en tenant sa tête au-dessus des événements qu'il semble alors conduire, ce qui devient une question de légèreté spécifique."

Certains éminents diplomates représentant l'Union Européenne semblent au point, niveau flottaison.

Car en juin dernier, la Commission d'enquête de l'ONU sur les Droits de l'Homme en Érythrée a publié un rapport explosif sur la situation dans ce petit pays de la Corne africaine : des milliers de prisonniers arrêtés sans procès et depuis simplement... disparus, des geôles secrètes dans lesquelles s'exerce une torture quotidienne, la mise en esclavage d'une majorité de la jeunesse via un service militaire à vie, une population matée, asservie par la junte.

Un pays fermé, gouverné par la terreur, une prison à ciel ouvert qui lui vaut le surnom de 'Corée du Nord de l'Afrique'.

Il s'agissait d'un secret de Polichinelle mais la Commission onusienne innove en demandant clairement, et ce pour la première fois, la mise en accusation des dirigeants du pays, le dictateur Issayas Afewerki en tête, pour crimes contre l'Humanité.

Quelle mouche a donc piqué le Parlement Européen d'autoriser ainsi la venue d'un baron du régime en son sein alors que la communauté internationale semblait enfin sérieusement hausser le ton ?

La crise migratoire est passée par là et l'invitation du ministre peut bien être présentée comme 'une initiative personnelle' du député européen irlandais, elle n'en demeure pas moins un symbole du changement de pied diplomatique de l'UE à l'égard de la dictature. L'heure n'est plus aux réprimandes mais bien à la 'coopération'.

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