Mardi 12 Décembre 2017

La pression migratoire ne faiblit pas

La pression migratoire ne faiblit pas
(24 Heures.ch 20/04/17)

Le SEM note une hausse des arrivées de migrants en Italie qui pourrait se répercuter en Suisse. Les demandes d'asile sont pourtant en baisse. La pression migratoire sur l'Europe et la Suisse ne faiblit pas, avertit jeudi le secrétaire d'Etat aux migrations, Mario Gattiker. «L'Italie a déjà enregistré une hausse de 60% des arrivées par rapport à la même période de l'an dernier», relève-t-il.
«On n'en voit pas encore les effets en Suisse (...) mais il n'est pas à exclure qu'une partie de ces personnes arrivera dans notre pays par la porte du Tessin», explique-t-il dans un entretien diffusé par plusieurs journaux romands.
Il précise toutefois que la hausse du nombre des requérants d'asile n'atteindra pas 60% en Suisse. «L'attractivité de la Suisse a diminué avec le traitement de manière accélérée des demandes d'asile peu fondées présentées par des personnes provenant de pays pour lesquels le taux de reconnaissance est faible», relève-t-il.
Il ajoute que la Confédération applique de manière «rigoureuse» les accords de Dublin. «Actuellement, l'Italie enregistre quasiment tous les nouveaux arrivants».

Baisse au premier trimestre

M. Gattiker note que, pour l'instant, «les demandes d'asile sont même en baisse par rapport au premier trimestre 2016». Au premier trimestre 2017, 4731 demandes ont été déposées, soit 57% de moins que durant la même période en 2016. Mais en mars, 1636 demandes ont été enregistrées, une augmentation de 8,6% par rapport à février, a indiqué jeudi le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM).
En février, il avait enregistré 1507 demandes d'asile, soit 5% de moins qu'en janvier. Comparé à la même période en 2016, les nouvelles requêtes ont reculé de 44%. En mars, 308 demandes ont été déposées par des personnes d'Erythrée. Cet Etat est-africain représente le principal pays de provenance des requérants, suivent la Syrie (145), la Guinée (114), l'Afghanistan (100) et l'Irak (97).
Malgré la baisse sur trois mois, l'évolution de la situation dans les régions en conflit et sur les routes migratoires reste incertaine, note le SEM. De plus, au printemps, le nombre de nouvelles demandes augmente systématiquement. Les personnes qui ont rejoint l'Italie en janvier et en février étaient plus nombreuses que les années précédentes.

Rôle central de la Libye

Pour le secrétaire d'Etat aux migrations, la Libye joue un «rôle central» dans la situation actuelle. «Il y a entre un demi-million et un million de personnes qui (y) sont exploitées par les groupes criminels ou terroristes qui organisent un trafic humain à travers la Méditerranée», déplore-t-il.
«On a compté quelque 5000 morts en 2016. C'est inacceptable», poursuit-il. Depuis le début de l'année, l'Organisation internationale pour les migrations a déjà enregistré plus de 900 morts sur l'itinéraire reliant la Libye à l'Italie.
La Suisse a ainsi décidé il y a un mois de coordonner ses activités avec huit pays européens, dont l'Allemagne, l'Italie et la France, et nord-africains pour «relever les défis» liés à cette route migratoire. La stratégie vise à aider la Libye à mieux protéger ses côtes, précise M. Gattiker.
Plus de 24'000 migrants sont arrivés de Libye en Italie pendant les trois premiers mois de l'année, selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU, contre 18'000 sur la même période en 2016. L'année dernière, 181'000 migrants, un record, étaient parvenus en Europe via les côtes italiennes, dont 90% en provenance de Libye.

Durcissement pour les Erythréens

Dans des interviews accordées à la presse alémanique, Mario Gattiker s'exprime sur le durcissement de la Suisse envers les demandeurs d'asile érythréens. Ces derniers n'obtiennent plus l'asile s'ils ont quitté illégalement leur pays. Début février, le Tribunal administratif fédéral a décidé de modifier sa jurisprudence en ce sens.
La décision concerne quelques centaines de personnes, selon M. Gattiker. Leurs demandes ont été rejetées et ces personnes ne sont pas non plus accueillies provisoirement, leur retour en Erythrée étant considéré comme acceptable.
L'Erythrée refuse toutefois de les reprendre, «alors que chaque pays y est tenu, selon le droit international public», rappelle le secrétaire d'Etat. Si les demandeurs d'asile déboutés retournent en revanche de leur plein gré dans leur patrie, l'Erythrée est prête à collaborer.

Commentaires facebook