Dimanche 17 Décembre 2017

Érythrée : ce régime est peut-être pire que celui de la Corée du Nord

Érythrée : ce régime est peut-être pire que celui de la Corée du Nord
(Autre média 11/05/17)

Coupés du monde, les Érythréens vivent dans une société militaire et orwellienne. Ils sont prêts à prendre les plus grands risques pour la fuir.
La peur traverse le temps et les frontières. Plus de dix ans après avoir quitté l’Érythrée, Selina est toujours poursuivie par l’ombre d’Isaias Afwerki, le dictateur à la tête du pays depuis son indépendance en 1993. Quand elle parle à sa famille restée sur place, cette quadragénaire ne touche pas un mot de politique par crainte d’être écoutée. Elle tient d’ailleurs à rester anonyme afin de préserver ses proches. En mars 2017, le choc est venu se mêler à l’anxiété dans ses yeux noirs de jais. Pour fuir un régime qui réduit son peuple à l’esclavage, sa cousine a décidé de la rejoindre au péril de sa vie.

Une réfugiée érythréenne, le visage dissimulé
Crédits : Moises Saman
On peut mourir dix fois sur la route ; Selina le savait. Mais elle ignorait l’atroce réalité qui pousse les candidates à l’exil à s’injecter des hormones pour éviter de tomber enceinte à la suite d’un viol. Sa cousine, comme des centaines d’autres femmes, était prête à payer le prix quitte à subir des problèmes de santé ensuite. « J’étais bouleversée », confie Selina. Derrière la frontière, gardée par une armée qui tire sur son peuple, se dresse une forêt de dangers, des déserts à perte de vue et une mer Méditerranée devenue mouroir. Dès les premiers mètres au-dehors, « des viols sont commis dans les camps de réfugiés éthiopiens », se désole-t-elle.

Si les Érythréens bravent tous les dangers, c’est que cette ancienne colonie italienne, dont la Fête nationale aura lieu le 24 mai prochain, est devenue un « royaume ermite », au même titre que la Corée du Nord. Les deux États, disait Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, « présentent les mêmes caractéristiques propres au totalitarisme : une politique homogénéisante qui voudrait que rien n’existe en dehors de l’État et qui utilise la terreur comme moyen. » Le coauteur du livre Érythrée, un naufrage totalitaire s’exprimait alors qu’un rapport des Nations Unies venait justement de mettre en lumière la crise humanitaire « la moins documentée au monde ». Car, déplorait ce dernier, « ce n’est pas la loi qui régit les Érythréens, mais la peur ».

Même lorsqu’ils sont loin de la Corne de l’Afrique : « Je suis partie légalement mais je ne suis jamais retournée là-bas, car je ne me sens pas en sécurité », explique Selina. « J’ai l’impression que quelque chose pourrait m’arriver ou que n’importe qui pourrait me faire vivre un enfer. » Sur cinq  millions d’Érythréens, un  million de personnes ont quitté le pays depuis 2004.

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