Egypte: l'élection présidentielle en image | Africatime
Mercredi 26 Avril 2017

Egypte: l'élection présidentielle en image

mar, 27/05/2014 - 16:24 -- Patrick

Abdel Fattah al-Sissi est assuré de gagner le scrutin.

Les Egyptiens reprennent mardi le chemin des bureaux de vote pour une élection présidentielle de deux jours que l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi, pourfendeur des islamistes, est assuré de remporter dans un pays réclamant avant tout un retour au calme. Les bureaux de vote qui ont fermé à 18 heures locales (20 heures en France) lundi doivent rouvrir à 6 heures mardi. Au total, 53 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Les résultats doivent être annoncés avant le 5 juin, et l’élection devrait être suivie de législatives, probablement vers l’automne.
De longues files d’attente s’étaient formées lundi devant les bureaux de vote du Caire ouverts de 9 heures à 21 heures. Les murs de la capitale sont littéralement couverts depuis des mois de portraits de Sissi, qui jouit d’un quasi-culte de la personnalité depuis son coup de force du 3 juillet 2013.

Le maréchal à la retraite de 59 ans dirige déjà de facto le gouvernement intérimaire installé lorsqu’il a destitué et fait emprisonner il y a 11 mois le président islamiste Mohamed Morsi. Et il est extrêmement populaire depuis qu’il a lancé une implacable répression contre les pro-Morsi. Pour une majorité d’Egyptiens, Al-Sissi est l’homme à poigne qui ramènera la stabilité après les trois années de «chaos» et de crise économique ayant suivi la révolte populaire de 2011 contre Hosni Moubarak. Mahmoud El-Minyawi, 66 ans, a dit voter pour ce «patriote» car «il faut de la discipline dans la période que nous traversons». Samia Chami, fonctionnaire, a affirmé à l’AFP qu’elle voterait pour l’ex-militaire car «sans lui, nous n’aurions pas pu nous débarrasser de Morsi». «Ce n’est pas un bulletin de vote que je glisse dans l’urne, c’est un "merci"», a renchéri avec véhémence un autre électeur.

Dans le bureau où il a voté, Al-Sissi a promis aux Egyptiens «demain sera magnifique», alors que la foule se précipitait pour l’embrasser. Mais pour ses détracteurs, son élection confirmera que l’armée a repris le pays en main après avoir laissé Mohamed Morsi et les islamistes se brûler les ailes durant leur année au pouvoir. Les défenseurs des droits de l’homme considèrent même déjà le gouvernement intérimaire comme plus autoritaire que celui de Hosni Moubarak.
«Violations flagrantes des droits de l'homme»

Pour justifier la destitution du premier président démocratiquement élu du pays, Abdel Fattah al-Sissi avaient invoqué les millions de manifestants réclamant trois jours plus tôt le départ de Mohamed Morsi, accusé de vouloir accaparer le pouvoir au profit de ses Frères musulmans. Depuis ce coup de force, policiers et soldats ont tué plus de 1 400 manifestants pro-Morsi et emprisonné plus de 15 000 personnes, tandis que plusieurs centaines de personnes ont été condamnées à mort dans des procès de masse expéditifs. Et «ce scrutin n’effacera pas l’ardoise après 10 mois de violations flagrantes des droits de l’homme», a regretté Amnesty International. «Les partenaires de l’Egypte (...) ne doivent pas se servir de l’élection comme d’une garantie pour reprendre les échanges comme si de rien n’était».

La répression, dénoncée par les capitales occidentales et l’ONU, est toutefois applaudie par une majorité des 86 millions d’Egyptiens et des médias unanimes, à tel point que le maréchal n’a pas eu besoin de battre la campagne. Son unique rival, le leader de gauche Hamdeen Sabbahi, fait bien pâle figure malgré une campagne très active sur le terrain, et ne semble pas en mesure d’empocher un nombre significatif de voix, selon des experts et diplomates unanimes, dont certains le considèrent comme le faire-valoir, au mieux résigné au pire consentant, d’une élection jouée d’avance.

Dans des entretiens télévisés fleuves, Abdel Fattah al-Sissi n’a d’ailleurs pas caché ses intentions, sachant qu’il ne faisait que conforter les aspirations d’une opinion publique inquiète de la multiplication des manifestations et attentats. L’Egypte ne sera «pas prête pour la vraie démocratie avant 20 ou 25 ans», a-t-il asséné sans ciller, une assertion qui revient comme une antienne dans la bouche de très nombreux Egyptiens de tous horizons sociaux. Et pour Al-Sissi, la stabilité ne reviendra qu’avec l’éradication des «terroristes», comme gouvernement et médias appellent depuis plusieurs mois les Frères musulmans.

La confrérie vieille de 86 ans, qui avait remporté toutes les élections depuis la chute de Moubarak, a annoncé qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats de la présidentielle, qu’elle a appelé à boycotter. L’un de ses membres a affirmé à l’AFP refuser de voter car l’élection sans suspense d'Abdel Fattah al-Sissi «est la meilleure preuve» que la destitution de Mohamed Morsi «était bien un coup d’Etat militaire».