Lundi 23 Octobre 2017

"L'Unesco paie un prix très lourd pour sa politisation"

"L'Unesco paie un prix très lourd pour sa politisation"
(Le Point 09/10/17)
L'Égyptienne Moushira Khattab

À partir du 9 octobre, les 58 membres du Conseil exécutif de l'Unesco voteront, à bulletin secret, pour choisir, à la majorité des voix, parmi neuf candidats, celui qui succédera à la Bulgare Irina Bokova et deviendra, pour quatre ans, le nouveau directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, les sciences et la culture. Les 195 États membres entérineront le vote du Conseil exécutif. Cette année, la bataille risque d'être rude entre les quatre candidats de pays arabes, dont l'Égyptienne Moushira Khattab, diplomate de carrière et ancienne ministre de la Famille, et le Qatari Hamad Al-Kawari, ex-ministre de la Culture, qui se vante de ne pas arriver à l'Unesco « les mains vides ». Face à eux, Audrey Azoulay, ancienne ministre de la Culture de François Hollande, a ses chances. La candidature française est une nouveauté qui ne fait pas que des heureux : la France abrite le siège de l'Organisation et avait pour tradition de ne pas présenter de candidat.

Optimiste, Moushira Khattab, femme dynamique qui court dans le peloton de tête des postulants, explique pourquoi elle brigue, au nom de l'Égypte, la direction de l'Unesco, une organisation en déficit qui suscite, à chaque mandat, de nouvelles polémiques.

Le Point : Vous avez été ministre de la Famille sous Hosni Moubarak, présidente de la Commission de l'ONU sur les droits des enfants, avez lancé, en 1999, une campagne en Égypte contre les mutilations génitales féminines. Pourtant assainir et dépoussiérer l'Unesco de sa bureaucratie semble une autre gageure. Comment comptez-vous vous y prendre ?

Moushira Khattab : Je veux faire de l'Unesco une organisation efficace et transparente. Quand la situation est telle qu'elle est aujourd'hui, il n'est pas question de « business as usual ». La première chose à faire est de restaurer la confiance entre les États membres et l'organisation, d'une part, et entre les différents secteurs et niveaux de l'Unesco eux-mêmes, d'autre part. Je compte commencer par le secrétariat général et les secrétaires adjoints qui constituent l'armature de la maison. Il faut réduire la bureaucratie comme le souhaitent tous les États membres en faisant un inventaire des succès de l'organisation. Qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne marche pas ? Je compte prouver aux différents États qu'ils ont intérêt à travailler ensemble et à laisser de côté les aspects les plus clivants pour précisément restaurer cette confiance entre les États et le directeur général. J'y ai réussi auparavant lorsque j'étais ministre et ambassadeur.

Certains États affirment que ce manque de confiance envers l'organisation vient de sa politisation. Les États-Unis ne financent plus l'Unesco depuis 2012 et l'admission de la Palestine votée par la majorité des membres. Le Japon, lui, a aussi coupé les vivres lorsque le sac de Nankin fut inscrit au registre de la « mémoire du monde ». Comment déminer ces situations ?

L'Unesco paie un prix très lourd pour sa politisation. Elle est une agence spécialisée de l'ONU dont le mandat est de traiter de l'éducation, du patrimoine, des sciences. Elle doit laisser la politique à l'ONU. Maintenant, on ne va pas revenir en arrière sur ce qui a été décidé. Le problème n'est plus celui de la Palestine, elle est acceptée depuis longtemps. Pour l'avenir, je veux construire un consensus entre les États pour les faire avancer ensemble. Ainsi, je veux que l'Unesco travaille en Palestine dans les secteurs de la santé, de l'éducation, comme partout ailleurs. D'ailleurs, il y a une bonne coopération entre Palestiniens et Israéliens sous la houlette des programmes de l'Unesco.

Il est cependant évident qu'on ne dépolitisera pas l'organisation en quelques jours. Mais on peut aider à restaurer la confiance peu à peu dans l'Unesco. Nous devons être proches des gens et rester dans le cadre de nos missions. Le monde souffre du radicalisme et du terrorisme. Seule l'Unesco peut les combattre, car on ne va pas vaincre le terrorisme avec des armes, mais avec l'éducation.

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