Samedi 24 Février 2018

Biens culturels mal acquis : le casse-tête de la restitution

Biens culturels mal acquis : le casse-tête de la restitution
(Le Point 04/01/18)

Ces dernières années, les demandes de restitution d'œuvres conservées dans les musées européens et acquises irrégulièrement et souvent dans le cadre des conquêtes coloniales se sont multipliées. On se souvient des cinq stèles pharaoniques réclamées à la France par l'Égypte, tout comme du buste de la reine Néfertiti demandé à l'Allemagne. Plus de deux cents ans depuis l'installation des frises du Parthénon au British Museum, la Grèce continue de réclamer l'œuvre à la Grande-Bretagne.

Le dernier pays en date à s'inscrire dans cette démarche est le Bénin. Cette demande a fait des remous à tel point que, lors de son discours sur l'Afrique à Ouagadougou, Emmanuel Macron a promis de réunir d'ici cinq ans les conditions nécessaires pour la restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain.

Les demandes de restitution poussent à se poser un certain nombre de questions : pourquoi les pays détenteurs tiennent-ils à conserver les objets d'art supposés mal acquis ? Pourquoi les pays demandeurs souhaitent-ils leur retour ? Qu'est-ce qui explique le déplacement des œuvres, phénomène ayant lieu depuis l'Antiquité ? Enfin, comment les objets d'art cristallisent-ils les enjeux politiques et identitaires ?

Les œuvres d'art comme objets de pouvoir
La revendication d'objets acquis dans des conditions de domination et d'occupation n'est pas un fait récent. Néanmoins, il convient de s'interroger sur les raisons de l'appropriation d'objets en contexte de conquête. Dans l'Antiquité, un conflit opposa le dénommé Caius Licinus Verres alias Verrès (v. 120 av. J.-C. – 43 av. J.-C.), préteur de Sicile, aux les habitants de cette dernière région.

Pendant son mandat, il soumit les villes à des impôts illégaux et s'appropria toutes les œuvres d'art de la province romaine. Pour se défendre, les Siciliens engagèrent Cicéron comme avocat afin de leur permettre de recouvrer les objets pillés par Verrès. Si l'issue de cette histoire tend à prouver les qualités oratoires extraordinaires de Cicéron, ce sont surtout les écrits laissés par ce dernier qui vont assurer la postérité de cette affaire. En effet, Cicéron, n'ayant pas pu prononcer les discours qu'il avait prévus pour l'audience, les fit publier sous le nom de Verrines, sous la forme d'un recueil de sept discours, dont le quatrième, intitulé « Sur les statues » décrit le pillage des objets d'art méthodiquement orchestré par Verrès. Le texte montre que les objets « enlevés en vertu du droit de la guerre » ont été rapportés en triomphe à Rome et enregistrés avec soin au trésor public.

Lire sur: http://afrique.lepoint.fr/culture/biens-culturels-mal-acquis-le-casse-te...

Commentaires facebook