Lundi 23 Octobre 2017

Un roman graphique poursuit l’enquête sur l’assassinat du juge Bernard Borrel

Un roman graphique poursuit l’enquête sur l’assassinat du juge Bernard Borrel
(Le Monde 10/10/17)
Le juge Borrel, en compagnie de sa femme, a été assassiné en 1995 à Djibouti.

« Une affaire d’Etats » interroge le contexte politique franco-djiboutien qui a abouti au meurtre du juge français, retrouvé carbonisé dans un ravin en 1995. Le 19 octobre 1995, il y a vingt-deux ans, presque jour pour jour, un magistrat français est retrouvé mort à Djibouti. Des gendarmes français découvrent le corps carbonisé de Bernard Borrel à 7h20 du matin dans un ravin, non loin du golfe du Goubet, face à la mer Rouge, à quelque 80 km de la capitale. Le coopérant français détaché auprès du ministère djiboutien de la justice s’était-il suicidé par immolation la veille ou avait-il été assassiné ? Et, dans cette dernière hypothèse, qui aurait commis ce crime, qui l’aurait commandité et, enfin, pour quel(s) motif(s) ?

Pour répondre à ces questions d’ordinaire indénouables, la famille du défunt, comme l’éventuel enquêteur, doit s’armer de patience et de courage. Ici la patience se mesure en décennies. Le courage exige des sacrifices multiples et des nerfs d’acier. Elisabeth Borrel, magistrate elle aussi, ses deux fils et leurs avocats sont courageux et patients comme peu d’entre nous. Ils vont remuer ciel et terre pour faire éclater un jour la vérité. Depuis plus de deux décennies, c’est la quête de la vérité et de la justice qui anime cette famille se battant sur plusieurs fronts et contre les services, non pas d’un Etat mais de deux. A cette aune, le lecteur comprend un peu mieux le pluriel dans le titre : Une affaire d’Etats. Les deux Etats en question sont, bien sûr, la France et la République de Djibouti. Si la première a vu défiler depuis 1995 plusieurs présidents, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant Nicolas Sarkozy et François Hollande, la seconde est dirigée depuis 1999 par Ismaël Omar Guelleh qui avait auparavant la main haute sur les services secrets de l’ancien Territoire français des Afars et des Issas devenu, après juin 1977, la République de Djibouti.

Aujourd’hui, l’affaire quitte provisoirement la sphère judiciaire et médiatique. Elle prend une tout autre allure, artistique cette fois. Elle nous revient sous la forme d’un récit graphique sobre et lumineux signé par le journaliste David Servenay et le scénariste et dessinateur Thierry Martin, aux éditions Soleil. Les deux auteurs ont su raconter cette histoire énigmatique, aux développements rocambolesques, digne d’un roman de James Ellroy, avec beaucoup de rigueur et un brin de pédagogie. Le découpage en courts chapitres aide à surmonter un certain nombre d’obstacles de nature scientifique ou juridique.
L’ombre de la Françafrique

Djibouti est, on le sait, le bac à sable de toutes les armées du monde doublé d’un nid d’espions. Diverses mafias s’y croisent aussi. Outre son travail au ministère djiboutien de la justice, le magistrat Bernard Borrel enquêtait sur d’autres affaires annexes. Il serait tombé sur une grosse affaire scandaleuse impliquant les autorités locales mais également les plus hauts échelons de l’Etat français jusqu’au président Chirac, qui a suivi ce dossier avec une attention bien particulière.

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