Dimanche 20 Août 2017

La mer, premier choix des Djiboutiens pour "tremper" la canicule

La mer, premier choix des Djiboutiens pour "tremper" la canicule
(Xinhua 31/07/17)
Dans les rues de Djibouti.

Comme dans une colère bestiale, quand le mercure s'emporte violemment dans une valse frénétique pour déverser sur cette partie de la terre des averses de feu rendant même la vie presque impossible dans certains contrés...

Quand l'humanité assiste à son impuissance devant les caprices des éléments, les hommes trouvent toujours les mêmes mots, les mêmes appellations pour dénommer cette situation qui échappe totalement à leur pouvoir sans pareil égal sur la nature : "l'été".

Et à Djibouti où chaque année l'été se plaît particulièrement à afficher sans aucune retenue tous ses muscles quitte à en faire de ce petit bout de terre l'un des points les plus chauds de la planète, le rendez-vous de "la résistance djiboutoise" reste toujours le même : entre les vagues berceuses de la mer Rouge.

Eh oui, au plus fort de la canicule, les Djiboutiens, souvent en groupe ou en famille, prennent toujours d'assaut les plages du pays ! Des plages noires de monde qui bouillonnent de vie telle une ruche éventrée. Comme si la ville toute entière s'était déplacée avec toutes ses couleurs pour reproduire sur les sables brûlants de ces plages les contours de chaque trait de son visage métissé.

Ces magnifiques tableaux, grandeur-nature, qu'un regard trop pressé et peu initié, qualifierait juste de "folkloriques", sont surtout les cartes postales d'été de la capitale djiboutienne où vivent plus de deux tiers de la population de ce pays.

Depuis bientôt dix ans, Halimo Aouled vend chaque été des amuse-gueules et de boissons fraîches à la Siesta, principale plage de Djibouti. Quand elle parle de "sa plage", entre son cœur et sa conscience, c'est une prise de parole équitable. Un débat intérieur profond qui dégage à la surface toute la noblesse de cette veuve, mère de cinq enfants.

"Au temps de mon enfance, aller à la plage n'était pas bien vu pour les filles et même pour les garçons. Car aux yeux de nos parents, les plages n'étaient autres qu'une sorte de no man's land qui servait de refuge à toute la délinquance du pays. Que vous voulez-vous, peuple nomade, la mer nous était complètement méconnue", dit-elle tout bas entre ses lèvres séchées par le soleil brûlant de ce mois de juillet.

Halimo se rappelle également de ces années où les plages héritèrent ensuite d'une connotation sportive avec de plus en plus de jeunes qui y viennent pour s'affronter dans des parties de foot.

A l'entendre, après ces deux étapes, très vite, des étés de plus en plus chauds ont contraint les Djiboutiens à adopter définitivement les plages.

"Aujourd'hui, comme vous pouvez le voir, c'est tout Djibouti qui est là !", s'exclame-t-elle.

En effet, entre ces mères allaitant sous les parasols, les yeux perdus sur les rivages et ce match de volley-ball au cœur de la plage où les joueurs semblent insensibles aux appels de vagues et aux danses du soleil, entre ces familles partageant des sandwichs à l'ombre des palmiers et ces groupes d'hommes fumant la chicha au milieu d'une musique orientale, entre les jets de sables des enfants sur la grève et les folles courses-poursuites entre amis dans l'eau, entre les regards vigilants des pompiers et les somnolences qui emportent Halimo Aouled dès lors que les clients tardent à se manifester, entre le tout et le détail, l'accord est parfait. La représentation est totale. Une douce harmonie.

En parfaite connaisseur, Halimo tient à préciser toutefois une particularité de ce beau tableau qui semble vraiment lui tenir à cœur : cette présence conquérante de familles djiboutiennes sur la plage.

Quand elle évoque ce sujet, elle semble tellement à son aise. "Que c'est loin, dit-elle ce temps où les plages étaient un plaisir qui se partageait seulement au masculin ou juste entre amis. Aujourd'hui, la présence des familles entière sur ce lieu est très imposante, et le couvre surtout d'une certaine assurance qui lui a toujours fait défaut".

Si la classe moyenne est bien représentée, Halimo précise que ce sont les familles à faibles revenus qui affichent en grande partie cette nouvelle tendance. Sans dire un mot, elle montre du doigt une femme débout sur les rivages qui demande à ses enfants de sortir de l'eau.

"Aiche est ma voisine du quartier. Et comme la plupart de familles que vous voyez ici, elle n'a pas le moyen pour des vacances à l'étranger sous un ciel plus clément, alors elle ramène régulièrement ses enfants en été à la plage", raconte-t-elle.

Comme elle l'explique si bien, face à des températures de plus en plus élevée chaque été, pour beaucoup des Djiboutiens, en période de canicule, la plage s'avère être une solution efficace et à la portée de tous.

Ce n'est pas tout. Les réfugiés yéménites que la brise marine semble toujours réconforter particulièrement tant ils affichent ici cette image de détente parfaite qui rendrait jaloux plus d'un. Et cela, notre dame ne semble pas l'oublier du tout.

"Souvent sociables et dotés d'une impressionnante faculté d'intégration, nos amis du Yémen ont donné une toute autre dimension à la plage djiboutienne", reconnait-elle, précisant par la même occasion que tous ces gens à la plage sont venus en groupe, soit avec leurs familles soit avec leurs amis. "Vous ne trouverez jamais quelqu'un vous dire qu'il est venu ici tout seul", fait-elle savoir.

Et à ses yeux, cette pratique dont elle s'interroge si elle est universelle, serait plus prudente, car, dit-elle, la mer reste toujours une aventure risquée.

Cependant, quand elle voit tous ces individus qui restent assis à l'ombre des palmiers ou sous les parasols, toute la journée, sans mettre une fois les pieds dans l'eau, elle dit réaliser combien, ce n'est point une passion pour la mer mais bien une peur de la canicule qui a dépêché tout ce monde ici.

Comme pour rouvrir de plaies encore béantes, cette pensée lui rappelle aussitôt les récentes fermetures pour des raisons "sécuritaires et économiques" des trois de quatre plages que comptait la capitale.

"Voila tout ce qui reste aujourd'hui comme plage pour tous les habitants de Djibouti-ville", lâche-telle les traits serrés.

Soit. Si cette situation explique en partie alors cette importante densité visible sur cette plage, elle n'en affecte pas pour autant la sécurité du site. Selon Halimo, il y aurait toujours très peu d'incidents, et surtout de noyades.

Toutefois, tout ne serait rose à la Siesta. Et elle tient le faire savoir.

"Ici, c'est une partie de ma vie, je me sens vraiment chez moi. Et en ce moment, la plage est chaque jour noire de monde, c'est très bien pour les affaires. Mais il y a des jours où je maudis ma présence sur cette plage, parce qu'avant tout je suis une mère", rappelle-t-elle.

Soudain, elle retrouve cette voix grave propre à ces braves mères djiboutiennes qui dénoncent toujours avec le même ressentiment toute forme de transgression. Elle lui ajoute juste une petite touche d'humour comme pour marquer la singularité de son caractère si jovial.

"La canicule n'a pas déversé uniquement les hommes ici. Mais les mœurs aussi. Pour avoir une idée de cette crise de mœurs qui commence à affecter sérieusement les fondements de nos valeurs sociales, culturelles, et religieuses, juste un détour du côté de la plage, un jour d'été...", dit-elle à demi-mot, avec un soutire triste et sans éclat.

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