Jeudi 25 Mai 2017

Djibouti-Paris : ou comment rattraper le temps perdu

Djibouti-Paris : ou comment rattraper le temps perdu
(Le Point 02/03/17)
Face à la concurrence chinoise, la France bande les muscles et ouvre les bras au président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh

Face à la concurrence chinoise, la France bande les muscles et ouvre les bras au président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh. Mieux vaut tard que jamais. Un adage qu'ont eu le temps de méditer les présidents français, François Hollande, et djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh. Reçu à Paris mardi 28 février, soit à seulement quelques semaines de la fin du mandat du chef de l'État français, le président de Djibouti n'avait pas foulé le sol français depuis au moins... dix ans !

Ultime séance de rattrapage ?

Cette rare visite n'a pas du tout fait l'unanimité. M. Guelleh préside depuis 18 ans d'une main de fer aux destinées de Djibouti, petit pays hautement stratégique de la corne de l'Afrique, créé – rappelons-le – par les Français à la fin du XIXe siècle. Ismaïl Omar Guelleh a été réélu pour un quatrième mandat en avril 2016 avec plus de 86 % des voix, lors d'un scrutin dénoncé comme une « mascarade électorale » par l'opposition. Le représentant en Europe de l'Union pour le salut national (USN, opposition), Maki Houmed-Gaba, a qualifié cette visite officielle du président Guelleh en France de « dénigrement manifeste des droits des Djiboutiens à la démocratie et à la liberté ».

Cet opposant a annoncé l'organisation à Paris de deux manifestations, samedi et mardi, afin de réclamer la « libération des prisonniers politiques » et « l'ouverture d'une enquête internationale sur les exactions extrajudiciaires » à Djibouti. Dans un communiqué séparé, l'Acat (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) a réclamé la libération d'un militant politique djiboutien, arrêté en juin 2010 et toujours détenu, malgré l'annulation de sa procédure judiciaire en octobre dernier. « François Hollande doit fermement demander à son homologue djiboutien la libération de l'opposant Mohamed Ahmed, dont la libération a été ordonnée par la justice il y a cinq mois. L'Élysée ne peut sacrifier les droits de l'homme sur l'autel des intérêts stratégiques français dans la Corne de l'Afrique », a estimé Clément Boursin, responsable Afrique à l'Acat.

Croissance estimée à 7 %

Mais il semblerait que la donne soit en train de changer, surtout qu'à Djibouti le ressentiment envers la France s'affirme de plus en plus ouvertement alors que le pays doit célébrer, le 27 juin prochain, les quarante ans de son indépendance.

Ces trois jours de visite se sont donc déroulés au pas de charge, entre rencontre au Sénat et un passage au Medef pour des entretiens avec des chefs d'entreprise. Un passage obligé. Et pour cause, la Banque mondiale prédit une croissance pour Djibouti pouvant aller jusqu'à 7 % entre 2017 et 2019. Actuellement, le pays connaît un boom des activités portuaires et des transports. Par ailleurs, les autorités ont mis sur les rails « Djibouti Silk Road Station », une zone franche industrielle de 3 500 hectares, une des plus vastes du continent…

La concurrence n'attend pas

D'ailleurs, les travaux ont commencé sur cet espace de 48 km2 que la Chine, via le premier opérateur portuaire chinois Dalian Port Corporation, va construire à Djibouti. La future zone franche sera exploitée en coentreprise par l'Autorité des ports et zones franches de Djibouti et la société chinoise Merchants Holding. Selon les prévisions, d'ici à deux ans l'infrastructure devrait rapporter un chiffre d'affaires de sept milliards de dollars. Sans compter qu'elle va pouvoir offrir 15 000 emplois directs et indirects.

De nombreuses grandes puissances, dont la France présente depuis 1862, les États-Unis ou le Japon, disposent à Djibouti de bases militaires pour profiter de son positionnement stratégique entre l'océan Indien et le canal de Suez. En effet, Djibouti se trouve sur le détroit de Bab-el-Mandeb, une porte d'entrée du canal de Suez qui est l'une des voies maritimes les plus empruntées au monde.

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