Jeudi 23 Novembre 2017

Djibouti : « Les dictatures jouissent d’une grande impunité pour peu qu’elles soient utiles et stables »

Djibouti : « Les dictatures jouissent d’une grande impunité pour peu qu’elles soient utiles et stables »
(Le Monde 02/11/17)
Manifestation d’opposants djiboutiens à Paris, le 25 février 2017, contre la venue du président Guelleh en France. Crédits : THOMAS SAMSON / AFP

Alors que de nouvelles manifestations ont été réprimées à Tadjourah, l’opposant Cassim Ahmed Dini décrit un régime rongé par la corruption. La situation sociale et politique à Djibouti s’aggrave, notamment dans la région du Nord où les Afar sont réprimés depuis des décennies. Vendredi 27 octobre, une manifestation pacifique dans la ville de Tadjourah, ville portuaire, a été violemment réprimée par la police, faisant trois blessés. Partout la population est prise entre l’enclume du militarisme global et le marteau de la dictature locale.

Entretien avec Cassim Ahmed Dini, intellectuel, homme politique et fils d’Ahmed Dini. Ce dernier fut l’un des pères fondateurs de la nation djiboutienne, devenu premier ministre durant quelques mois, puis opposant historique jusqu’à sa disparition en 2004. Cassim Ahmed Dini a créé en 2014 l’Alliance républicaine pour le développement (ARD), parti d’opposition au régime d’Ismaïl Omar Guelleh.

Votre réaction à la répression de la manifestation du 27 octobre ?

Cassim Ahmed Dini Les jeunes chômeurs de Tadjourah ont manifesté pour protester contre le fait qu’ils ont tout simplement été interdits de concourir pour le recrutement du personnel devant travailler au nouveau port de Tadjourah. Ils demandaient des emplois prioritaires sur ce site. Le chômage touche toute la jeunesse djiboutienne, mais il revêt à Tadjourah une dimension particulière de ségrégation ethnique et alimente toute une frustration communautaire. Ici, ce chômage est vécu comme aspect d’une injustice subie collectivement. La police a tiré à balles réelles, le bilan est de trois blessés. Un calme précaire est revenu, mais comme cette manifestation s’inscrivait dans un contexte de revendications croissantes, d’autres événements sont à prévoir. D’ailleurs, Tadjourah est en état de siège, fortement quadrillée par les forces de l’ordre.

Que se passe-t-il Obock et plus généralement dans le nord de la République de Djibouti ?

Parler du nord revient en fait à parler de la question des Afar, ethnie qui habite le nord et le sud-ouest du pays. Ce qui s’y passe est la conséquence du déséquilibre intercommunautaire instauré dès l’indépendance et qui a provoqué un conflit civil entre 1992 et 2001. Mais rien n’a été réglé : les causes du conflit se sont aggravées et le régime instrumentalise une rébellion dont les agissements servent de prétexte pour justifier l’absence de tout projet de développement.

Djibouti est une cité-Etat créée ex nihilo par la colonisation et où vivent des ensembles humains sans tradition de cohabitation paisible. La concurrence pour l’accès aux richesses que procure l’Etat conduit à des tensions communautaires. La compétition est donc violente parce que l’environnement institutionnel dans laquelle elle se déroule n’est pas pacifié par le respect de la règle de droit.

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