Dimanche 22 Avril 2018

Djibouti : ce que révèle la rupture entre le gouvernement et l'opérateur portuaire DP World

Djibouti : ce que révèle la rupture entre le gouvernement et l'opérateur portuaire DP World
(Le Point 28/03/18)

La récente reprise en main du port de Doraleh par le gouvernement de Djibouti a suscité nombre d'interrogations dans les jours qui ont suivi l'annonce de la cessation du contrat par les autorités de Djibouti. Au-delà des raisons intrinsèques ayant amené à la nationalisation du terminal à conteneurs, cette rupture entre un État – Djibouti – et une entreprise privée – l'émirati DP World – déclenche systématiquement une abondante couverture médiatique, notamment anglo-saxonne qui a souvent à cœur les intérêts du privé, oubliant que les intérêts des États peuvent aller de pair avec celui des entreprises.

Certains y ont vu la main de Pékin, solidement ancré dans la région, par le truchement de la mise en œuvre opérationnelle, en mai dernier, de sa première base navale militaire sur le continent africain, qui en forçant la main au président Ismail Omar Guelleh, pourrait désormais faire une offre de substitution au contrat liant DP World et Djibouti. Néanmoins, le recul nécessaire sur cet épineux dossier implique un diagnostic plus nuancé. Les causes et les conséquences de cette décision, à la fois pour les autorités de Djibouti, pour les opérateurs portuaires et pour les salariés, impliquent, en effet, de supposer que ces derniers, en tant que premiers impactés, s'inquiètent de leur propre avenir dans ce point névralgique du commerce international.

Une tendance africaine
En ce qui concerne Djibouti, force est de constater que la décision gouvernementale de confier la gestion de Doraleh Container Terminal (DCT) à la nouvelle entreprise publique Société de gestion du terminal de Doraleh (SGTD) s'inscrit dans une tendance généralisée à nombre d'États africains, soucieux de recouvrer leur pleine souveraineté sur certains actifs ou de reprendre le contrôle sur des secteurs considérés comme névralgiques, comme le Gabon avec Veolia ou bien la Tanzanie et la République démocratique du Congo avec la révision de leurs codes miniers respectifs (en décembre 2017 pour la RDC et en mai 2017 pour la Tanzanie), jugés trop favorables aux intérêts étrangers.

Même si chacune de ces situations est unique, il s'agit toutefois de la réaffirmation de la souveraineté propre à chaque État souverain qui réaffirme ainsi légitimement ses prérogatives et droits de gestion et d'exploitation sur des ressources ou infrastructures qu'ils considèrent comme stratégiques. L'attractivité économique et le climat des affaires n'étant pas incompatibles avec cette aspiration de puissances souveraines qui n'entendent plus se laisser impressionner par des opérateurs internationaux, aussi puissants soient-ils.

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