Dimanche 22 Avril 2018

RDC: ni guerre, ni paix, le Kasaï toujours hanté par l'insécurité

RDC: ni guerre, ni paix, le Kasaï toujours hanté par l'insécurité
(AFP 21/03/18)

Ce n'est plus la guerre, ce n'est pas la paix: le Kasaï, qui a sombré dans la violence entre fin 2016 et mi-2017, reste hanté par l'insécurité, un des innombrables défis des Nations unies qui s'apprêtent à renouveler leur présence en République démocratique du Congo.

A Tshikapa, capitale de la province du Kasaï, dans les locaux d'une association, des jeunes gens, filles et garçons, apprennent la couture pour oublier leur passé dans les milices.

Subitement, un homme d'un certain âge vient réclamer sa femme et ses enfants enlevés par une milice: "Ils sont détenus par les milices Bana Mura, je dois les récupérer, aidez-moi", supplie cet homme.

"Nous recevons régulièrement des gens qui viennent réclamer leurs proches encore détenus par les miliciens", explique à l'AFP Philomène Muamba, responsable de cette Association de défense des droits des femmes, enfants et opprimés (Adedefo).

"Il faut une opération conjointe force de l'ordre-Mission des Nations unies au Congo (Monusco) pour libérer ces personnes dans des zones encore dangereuses", estime un avocat de l'association, Me Justin Kambumba.

Riches en diamant, les cinq provinces du Kasaï, dans le centre de la RDC, se sont embrasées en septembre 2016, un mois après la mort d'un chef traditionnel opposé au président Joseph Kabila, Kamuina Nsapu, tué lors d'une opération militaire.

Bilan des affrontements entre Kamuina Nsapu et forces de sécurité: plus de 3.000 morts dont deux experts de l'ONU, 1,4 million de déplacés, deux récoltes ravagées, des risques de malnutrition.

A cause du conflit, les autorités ont affirmé qu'elles étaient obligées de repousser à décembre 2018 les élections prévues fin 2017 pour organiser le départ du président Joseph Kabila, dont le second mandat a pris fin en décembre 2016.

- Quatorze milices -

"La situation sécuritaire n'est pas encore tranquille au Kasaï où environ 14 groupes de miliciens opèrent", estime cependant un spécialiste occidental de la région.

En 2017, un rapport du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme avaient accusé les autorités de soutenir une milice, les Bana Mura.

Outre les Bana Mura, constitués des membres de la communauté Tshokwe, la société civile fait état d'une autre milice soutenue par les autorités, "Ecurie Mbembe", constituée de membres de la communauté Pende.

Ces milices sont de simples habitants qui se sont constitués en groupe d'autodéfense "avant l'arrivée des forces de sécurité" pour défendre leur communauté contre les Kamwina Nsapu, principalement Luba, affirme à l'AFP le gouverneur du Kasaï Marc Manyanga.

"Le conflit n'est pas fini mais a pris une dimension ethnique", opposant les Tshokwe et les Pende (agriculteurs) aux Luba (commerçants et hommes d'affaires) qui détiennent toute la production minière du diamant, analyse Maxime Salaka (nom d'emprunt), enseignant.

Plus entreprenants, "les Luba sont aujourd'hui présentés comme des envahisseurs sur fond d'un discours véhiculé par les hommes politiques qui se disputent le leadership dans la région", estime-t-il.

Les miliciens "Tshokwe et Pende tentent de prendre le contrôle sur les mines" de diamant, ajoute la source occidentale.

Les problèmes d'insécurité sont encore plus forts à Kananga, dans la province voisine du Kasaï central. Les autorités soupçonnent les milices Kamuina Nsapu de tenter de se réorganiser autour d'un chef auto-proclamé, Nsabanga, responsable présumé de plusieurs attaques.

Fin février, l'armée avait affirmé avoir tué 14 miliciens Kamuina Nsapu dans des affrontements. La moitié était des "citoyens ordinaires" victimes collatérales des combats, d'après des témoins cités à l'époque par l'AFP.

Tueries, enlèvements avec demande de rançon, arrestations arbitraires, traitement inhumains et dégradant, tracasseries... L'église catholique a dénoncé l'insécurité à Kananga et sa région dans un récent mémorandum au gouverneur en pointant du doigt le rôle des forces de sécurité.

C'est à Tshikapa et Kananga que la nouvelle chef de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), l'Algérienne Leïla Zerrougui, a fait son premier déplacement hors Kinshasa à quelques jours du vote du Conseil de sécurité sur une nouvelle résolution prévue le 27 mars pour renouveler le mandat de la Monusco.

"Je crois que les questions de sécurité et des élections seront au coeur du mandat quand il sera voté. La protection des civils, c'est la sécurité, et la sécurité, c'est aussi garantir les élections qui seront paisibles et apporteront la paix", a-t-elle espéré.

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