Lundi 18 Décembre 2017

Les promesses de lutte contre le plomb arrivent trop tard pour les victimes

Les promesses de lutte contre le plomb arrivent trop tard pour les victimes
(AFP 08/12/17)

Frissonnant sous le chaud soleil kényan, Irene Akinyi Odinga, atteinte de saturnisme, n'a pas d'argent pour se soigner. Pour elle comme tant d'autres, l'engagement de l'ONU à lutter contre l'intoxication au plomb arrive trop tard.

"Je me sens très mal", lâche la jeune femme de 25 ans, en marge d'une conférence de l'ONU sur la pollution à Nairobi. "J'ai des migraines continuelles. Je ne peux pas marcher sur de longues distances, je ne peux même pas cuisiner pour mes enfants".

Cette mère de deux enfants fait partie des dizaines d'habitants du bidonville de Owino Uhuru près de Monbassa, qui disent avoir été empoisonnés par une usine recyclant des batteries au plomb utilisées dans les voitures.

"Mon père, mon frère, mon mari travaillaient tous dans la fonderie. Je lavais leurs vêtements", explique-t-elle, estimant avoir été intoxiquée de cette façon.

L'Assemblée des Nations unies pour l'environnement réunie cette semaine à Nairobi s'est penchée sur l'ampleur de la pollution au plomb, danger qui touche particulièrement les pays les plus pauvres.

"L'exposition au plomb, notamment la peinture au plomb et les batteries au plomb usagées, peut provoquer des dommages graves tout au long de la vie, surtout chez les enfants, comme des pertes de QI et des problèmes de comportement", déclare la résolution adoptée mercredi par les ministres de l'Environnement.

- Un demi-million de morts par an -

"L'exposition des femmes enceintes à des hauts niveaux de plomb peut provoquer des fausse couches, des bébés morts-nés et des malformations", ajoute le texte, assurant d'une "forte détermination" pour réduire l'exposition à ce métal toxique.

Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé, le plomb est responsable de près d'un demi-million de morts chaque année.

Phyllis Omido a travaillé à l'usine de Owino Uhuru il y a environ sept ans. Sans solution de garde pour son fils qu'elle allaitait, elle l'amenait avec elle. Après deux mois, Kingdavid Jeremiah Indiatsi est tombé malade.

"Mon fils était un bébé facile dès la naissance (...) Mais subitement, il pleurait toute la nuit", raconte-t-elle. Fièvres, diarrhées, incapacité à manger... "Il s'est déshydraté. Il était gravement anémique".

Après des mois d'allers-retours à l'hôpital et de tests, le diagnostic tombe: saturnisme.

Omido s'est alors lancée dans une campagne pour obtenir la clôture de l'usine et le nettoyage du site qui a finalement fermé en 2014. Trop tard pour de nombreux membres de cette communauté de 3.000 personnes.

Plus de 150 d'entre eux et 22 ouvriers de la fonderie ont été testés positifs au plomb jusqu'à présent, assure la militante qui assistait à l'Assemblée de l'ONU en tant que déléguée. Des dizaines sont morts, dont des bébés.

- 'Ca me brise le coeur' -

Sans accès à la chélation, technique pour éliminer ce métal du corps, l'intoxication de Kingdavid a malgré tout été réduite par un traitement au calcium et au zinc, explique sa mère, qui craint pour l'avenir du garçon.

"Les médecins m'ont conseillé de lui faire passer un test de QI (...). Mais je ne l'ai pas fait pour l'instant, parce que ça me brise le coeur et j'ai peur que si on lui dit +cette chose a affecté ton QI+ il se sente inférieur aux autres enfants".

"Il a plein d'amis, mais on peut voir une différence évidente. Il ne réagit pas aussi vite que les autres enfants et (...) il ne peut pas se concentrer très longtemps", poursuit-elle.

Phyllis Omido s'inquiète aussi pour son amie Irene Akinyi Odinga, qu'elle a fait venir à l'Assemblée pour raconter sa bataille contre la maladie.

"Je suis très surprise et reconnaissante envers Dieu qu'Irene soit encore en vie (...). Mais j'ai peur que si nous ne faisons rien, elle meure aussi. Elle a besoin d'une chélation", insiste la militante qui a reçu le prix Goldman pour l'environnement.

De tous les salariés de l'usine testés, Omido est la seule avec un niveau de plomb relativement bas. "J'imagine que c'est parce que je travaillais dans les bureaux et pas dans la fonderie. La plupart de ceux qui sont morts travaillaient directement dans la fonderie."

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