Samedi 21 Octobre 2017

Où en est vraiment la démocratie en Afrique ?

Où en est vraiment la démocratie en Afrique ?
(Le Point 11/08/17)

D'une présidentielle à une autre, l'Afrique expérimente combien le chemin vers la démocratie est semé d'embûches. Illustration*. En deux années (2015 et 2016), la moitié du continent devait se rendre aux urnes pour élire ou réélire pas moins de 27 présidents sur les 54 États officiellement reconnus. Et force est de constater que 25 consultations ont bel et bien eu lieu dans ce créneau calendaire. Bel et bien n'est pas tout à fait l'expression adéquate, et nous avions eu l'occasion de faire le point sur ce sujet aux trois quarts du parcours, en juillet 2016, alors qu'il ne restait que sept scrutins à organiser.

À partir des critères de crédibilité que nous avions retenus, l'année 2015 avait réservé une heureuse surprise : le Nigeria qui, avec ses 68 millions d'électeurs et son territoire peu sécurisé, avait réussi une alternance incontestable et incontestée. À la charnière de 2015 et 2016, le Burkina Faso et la Centrafrique avaient donné la preuve que les citoyens comptent encore beaucoup sur des élections pour sortir d'une crise.

Au contraire, plusieurs pays avaient transgressé une ou plusieurs des règles de bonne conduite démocratique : le Tchad et le Congo Brazzaville, notamment en coupant les communications internet pour empêcher les comptages parallèles, ou le Niger pour avoir probablement « joué » avec le fichier électoral. Comme – malheureusement – prévu, le Soudan, Djibouti et la Guinée équatoriale sont restés hors des clous d'un processus démocratique crédible. Quant au Burundi, il a tristement illustré la tendance récurrente des autocrates à se pérenniser au pouvoir en s'arrangeant avec leur Constitution.

Des élections, des désillusions aussi

Au second semestre 2016, plusieurs échéances étaient donc programmées, aux enjeux variables. En Zambie et au Cap-Vert, les scrutins se sont déroulés normalement et les présidents sortants ont été reconduits. Dans le cas zambien où le résultat était serré, l'opposition a contesté le verdict, mais sans preuves ni véritable conviction. En fait, la plupart des regards étaient tournés vers le Gabon, où Ali Bongo, le président sortant, semblait davantage menacé que lors du scrutin précédent en raison d'une candidature quasiment unitaire de l'opposition. Or, l'élection au Gabon se déroule en un seul tour et celui qui arrive en tête a gagné.

On se souvient que le pouvoir en place a (bien que tardivement) coupé les réseaux internet au moment des opérations électorales et des comptages, à partir du 27 août 2016. Apparemment, il a aussi manipulé les chiffres dans la province d'origine du sortant, le Haut-Ogooué. Et Ali Bongo a officiellement battu de quelques milliers de voix son challenger Jean Ping, qui continue à contester les résultats mais sans être entendu. La communauté internationale semble d'ailleurs s'être résignée.

En Gambie, c'est contre toute attente que l'autocrate Yahya Jammeh a été non seulement battu lors de l'élection du 1er décembre 2016 mais a reconnu sa défaite dans l'instant. La bonne surprise a malheureusement été de courte durée, et le dictateur schizophrène a rapidement changé d'avis, ouvrant une grave crise postélectorale qui ne s'est achevée que sous la menace d'une intervention armée de la Cédéao. Finalement, l'alternance à laquelle personne ne croyait, y compris le nouveau chef de l'État Adama Barrow, s'est réalisée le 21 janvier 2017. Le dictateur a été exilé hors de son pays et a trouvé refuge en Guinée équatoriale, où le chef de l'État Obiang Nguéma règne sans partage depuis 38 ans et vient d'être réélu avec 93,7 % des suffrages exprimés.

Au terme de ces deux années, la carte actualisée s'affiche donc comme suit. On rappelle que la distinction entre élections « considérées comme crédibles » et élections « dont la crédibilité est douteuse » repose sur plusieurs critères énoncés précédemment, et que les nuances de vert ou de rouge sont proportionnelles au nombre de suffrages obtenus par l'élu par rapport aux inscrits, de manière à accentuer le poids de la légitimité ou de l'illégitimité.

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