Lundi 23 Octobre 2017

Congo: le FMI découvre une dette cachée contractée auprès de la Chine

Congo: le FMI découvre une dette cachée contractée auprès de la Chine
(Les Afriques 09/08/17)

Dans la perspective de conclure un programme d’ajustement avec le FMI, le gouvernement congolais a maquillé ses comptes en dissimulant une partie de sa dette contractée auprès de la Chine en toute opacité. Le régime actuel récidivé dans ses pratiques de pillage des ressources du pays comme ce fut le cas dans les années 86, ce qui lui a valu à cette époque d’être classé parmi les pays les plus endettés au monde par tête d’habitant dans les années 90 avant la conférence nationale souveraine.

Cette situation précaire et catastrophique de l’économie du Congo avait conduit les rédacteurs de la Constitution de mars 1992 à inscrire dans son préambule la phrase suivante: "Le Congo est un pays sinistré ", un sinistre causé par la gabegie et la mauvaise gestion du pays par le PCT, parti qui continue de gérer le Congo à ce jour.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, aujourd’hui on découvre que ce régime a caché au peuple et aux partenaires financiers une dette qui a atteint 120% du PIB. La dette publique du Congo, selon le FMI, a atteint 120% du produit intérieur brut. En mars dernier, le FMI, qui est en discussions avec le gouvernement Sassou sur un éventuel programme d’aide budgétaire, avait annoncé un chiffre bien inférieur à 77%... mais à l’époque, le Fonds monétaire international s’était plaint d’un manque de transparence de la part du gouvernement sur les transactions liées au brut congolais. Une partie de la dette était donc cachée.

C’était un secret bien gardé, mais, en juin dernier, le régime Sassou, affaibli par ses défauts de paiement répétés, a finalement dû révéler au FMI l’ampleur des dégâts : une dette de 120% du PIB, soit presque deux fois le taux autorisé au sein de la zone Cemac. En cause, la réalité des comptes du gouvernement congolais en Chine. Brazzaville a signé un partenariat stratégique avec Pékin prévoyant la réalisation d’une vaste série de grands travaux, dont certains n’ont pas été réalisés, en échange d’une partie des revenus du pétrole. Un partenariat opaque, dont les montants faramineux ont longtemps relevé du «secret d’État», déplore une source proche du dossier.

Un troc pétrole contre financement des travaux

Cette pratique opaque de transaction entreprise par le Congo avec la Chine n’a jamais été même soumise à l’attention des juges de la Cour des comptes et la discipline budgétaire puis du parlement qui autorise les prêts. Mais ce n’est pas tout. Brazzaville avait aussi omis de partager avec le FMI l’existence de certains contrats passés entre la Société nationale de pétrole et de grands traders, tels que Glencore et Trafigura qui ont prêté au Congo d’importantes sommes d’argent. Des centaines de millions de dollars en échange de futures livraisons de pétrole.

Des promesses à la Chine, à Glencore, à Trafigura, entre autres, pour une seule et même manne pétrolière, en pariant sur un rebond des cours de l’or noir qui n’a pas eu lieu hélas ! «Une course folle», résume un observateur, pour tenter d’apurer une dette qui, finalement, de contrat en contrat, n’a cessé d’augmenter et hypothèque aujourd’hui l’avenir du pays.

Les discussions entre Brazzaville et le FMI suspendues le temps des élections congolaises devraient se poursuivre. Pour le moment, aucun accord n’a été trouvé sur un ajustement. Cette situation est ni plus ni moins une haute trahison, fait observer un acteur de la scène politique congolaise.

Le Congo contraint d’accepter les mesures d’austérité du FMI

La situation économique difficile qui fragilise les couches sociales congolaises rentre dans une phase d’austérité qui va sans cesse contraindre les autorités à se mettre au pas pour appliquer le programme imposé par le FMI.
Une situation qui rappelle de mauvais souvenirs au président congolais qui est, dit-on, «traumatisé» par le précédent programme structurel conclu entre son gouvernement de l’époque dirigé par Ange Édouard Poungui et le FMI, en 1986. Les réformes imposées s’étaient alors soldées par des coupes budgétaires drastiques, débouchant sur une vaste contestation sociale. Le programme du FMI de 1986 aurait donc, dans le souvenir de Denis Sassou Nguesso, contribué à sa chute en 1992.

Toutefois, la mise en place des réformes imposées au Congo par le FMI signifie également une obligation de transparence sur les comptes du pays et sur les circuits de l’argent du pétrole qui sont gérés par Denis Christel, le fils du président. Et, donc, certaines mesures impopulaires au sein même du régime, comme par exemple la fin des exonérations fiscales pour toute une série d’entreprises dirigées par des proches du pouvoir, notamment les enfants du chef de l’État, qui ne paient pas régulièrement ou presque jamais les taxes fiscales. L’asphyxie économique et financière qui frappe de plein fouet le régime congolais constitue une véritable bombe à retardement. Le régime n’a pas d’autres issues que de convoquer des États généraux pour désamorcer la crise qui pointe à l’horizon, car ventre affamé n’a pas d’oreilles.

Rodrigue Fénelon Massala

Commentaires facebook