Samedi 25 Novembre 2017

Charles Zacharie Bowao : « La situation du Congo Brazzaville est insoutenable ».

Charles Zacharie Bowao : « La situation du Congo Brazzaville est insoutenable ».
(MondAfrique 13/09/17)
Charles Zacharie Bowao, figure phare de l’opposition congolaise

De Ministre à opposant il n’y a parfois qu’un pas. Le 1er août 2015, Charles Zacharie Bowao officialise son divorce avec le régime actuel en créant un parti intitulé, Initiative pour la démocratique au Congo (IDC). L’ancien proche du président plaide pour la conservation de la constitution, menacée par un pouvoir trop gourmand. Trop tard, le texte sera remplacé le 25 octobre 2015 à l’issue d’un référendum critiqué par l’opposition.

Sans surprise, le dirigeant Sassou remporte les élections le 20 mars 2016 et entame son troisième mandat. Le sentiment de mécontentement gronde dans le pays et la guerre éclate de nouveau au Pool.Charles Zacharie Bowao était son principal opposant.

A l’âge de 59 ans, Charles Zacharie Bowao ausculte avec lucidité les maux de son pays. Cette voix dissidente critique l’inefficacité du gouvernement actuel et accuse le président d’être l’auteur d’un hold up électoral. Des mots forts pour un opposant baillonné par le pouvoir actuel. Privé de passeport et contraint de rester à Brazzaville, Charles Zacharie Bowao prend des risques pour raviver ce qu’il appelle le dialogue inclusif dans un pays morcelé.

Voici son entretien avec Mondafrique.

Mondafrique. Les éléctions sénatoriales du 31 août dernier ont largement conforté la position du Parti congolais du travail (PCT), le mouvement politique du président Denis Sassou Nguesso. Pourquoi ne pas avoir participé à ce suffrage ?

Tout d’abord, pour une raison éthique. Comment participer à ces élections alors que le département du Pool est en train d’être bombardé ? La situation du Pool s’apparente à une guerre politique. Pour moi, elle représente une atteinte à la cohésion républicaine. Que ce soient les législatives ou les sénatoriales, ce sont de fausses élections. Nous avons donc appelé au boycott qui a été très suivi. Ces élections ne sont que la suite logique du coup d’Etat.

Mondafrique. Un coup d’Etat rendu possible grâce au changement de la constitution opéré le 25 octobre 2015 contre lequel vous vous opposiez. Quelles sont les conséquences aujourd’hui de cette modification ?

Son but était de faire évoluer les institutions mais nous considérons, avec beaucoup de tristesse, qu’il n’y a aucune amélioration constitutionnelle en dehors du maintien au pouvoir du président Denis Sassou Nguesso. La nouvelle constitution a rendu possible un hold up électoral. En effet, les élements en notre possession affirment que le président a perdu les élections du 20 mars 2016. Denis Sassou Nguesso a fait confirmer par la Cour constitutionnelle des résultats qui ne correspondaient pas à la réalité. Les Congolais le savent. Le ministre de l’Intérieur a divulgué les résultats trois ou quatre jours après les élections, aux alentours de 2 h du matin. Ensuite, la Cour constitutionnelle s’est réunie, encerclée par les militaires, pour proclamer les résultats. C’était le 4 avril 2016.

Mondafrique. En quoi cette guerre est-elle organisée par le pouvoir ?

La lecture est simple. Le gouvernement en place a lancé les hostilités dans la partie sud de Brazzaville, le 4 avril, pour permettre à la Cour constitutionnelle de proclamer des faux résultats. Pendant ce temps, on en profite pour consolider les assises d’un pouvoir illégitime. La guerre du Pool est une diversion organisée par le gouvernement. Dans le département, il y a 85 000 déplacés régulièrement recensés par les Nations Unis. Nous sommes dans une situation d’urgence humanitaire.

Mondafrique. Comment évolue cette crise humanitaire après plus d’un an d’hostilité ?

Je suis fortement optimiste. La vérité finira par l’emporter et le pouvoir illégitime tombera. On a traité Frédéric Bintsamou, alias pasteur Ntumi, de rebelle et du fait que nous n’allions pas négocier avec lui. Mais le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, a pris l’initiative de mettre en place une plateforme ouverte à toutes les forces politiques du département du Pool pour essayer de trouver une solution avec Monsieur Bintsamou. Le problème du Pool c’est le problème du Congo.

Mondafrique. Alors que le Pool s’embrase, la dette du Congo est en train de flamber et atteint 120 % du Produit intérieur brut…

Le pays est dans une situation insoutenable. Sa dette est le fruit d’une mauvaise gouvernance du pays. Depuis 2014, le pays se dirige vers l’implosion à la fois pour des raisons politiques, économiques et sociales. Les fonctionnaires restent trois mois sans salaire et les retraités vivent en moyenne huit mois sans leur pension. Le Congo ressemble aujourd’hui à une entreprise en cessation de paiement. C’est la banqueroute. Le pays a perdu ses lettres de noblesses dans le concert des nations.

Commentaires facebook