Au Cameroun, un « camp » accueille les réfugiés d’Internet | Africatime
Vendredi 28 Avril 2017

Au Cameroun, un « camp » accueille les réfugiés d’Internet

Au Cameroun, un « camp » accueille les réfugiés d’Internet
(Le Monde 31/03/17)
Chaque jour, une dizaine de personnes viennent travailler dans le « camp de réfugiés d’Internet » monté depuis que Yaoundé a décidé de couper la connection, le 17 janvier 2017, pour asphyxier la grogne sociale dans les deux régions anglophones du pays.

Face au « sevrage » imposé par Yaoundé aux régions anglophones, des entrepreneurs ont ouvert un local à New Bonako, limitrophe du Cameroun connecté. La porte est grande ouverte. Seuls résonnent les claviers des ordinateurs. Une dizaine de jeunes hommes et une femme, regards fixés sur leurs écrans, surfent avec « une immense joie ». « Enfin nous avons Internet ! » lâche, dans un éclat de rire, un jeune homme à la coupe afro. « On peut se connecter comme on veut et travailler comme on veut », s’étonne un autre, jonglant entre son smartphone et son ordinateur portable.

Nous sommes au « camp des réfugiés d’Internet » de New Bonako. C’est dans cette localité, située à la frontière entre deux régions – le Littoral « connecté » et le Sud-Ouest « sevré » –, que se sont réfugiés des entrepreneurs de la « Silicon Mountain », le surnom de Buea, en référence aux nombreuses start-up de cette ville au pied du mont Cameroun. Depuis le 17 janvier, le gouvernement camerounais a coupé Internet dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, les deux régions anglophones, où enseignants et avocats sont en grève depuis plus de quatre mois.
« Nous avons perdu beaucoup d’argent »

« Quand ils ont coupé Internet, nous avons essayé plusieurs solutions. Nous avons soutenu financièrement nos jeunes entrepreneurs pour qu’ils aillent travailler à Douala, en leur donnant 10 000 francs CFA par mois [15 euros] pour réduire leurs frais de transport, explique Valery Colong, l’un des responsables d’ActivSpaces, un centre technologique avec espaces de coworking à Buea. On pensait que la coupure n’allait pas durer. Puis nous avons essayé l’option de connexion Vista [de Windows]. Mais ça n’allait que pour vérifier les mails. »

Or quitter Buea pour Douala coûte non seulement cher en transport et frais d’hôtel, mais fragilise aussi les entrepreneurs, peu habitués au bruit, aux embouteillages et au climat chaud de la capitale économique.

Lors de ses fréquents voyages sur la route en quête d’Internet, Valery Colong découvre que le réseau est accessible dans la localité de New Bonako, à trente-cinq minutes de Buea. Dans un premier temps, il s’y installe seul pour travailler. Puis, aidé par Churchill Mambe Nanje, l’un des entrepreneurs les plus connus de la Silicon Mountain – il est à la tête de Njorku, une plateforme de recherche d’emploi en ligne –, ils trouvent un local.

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