Jeudi 26 Avril 2018

Cameroun: 12 touristes occidentaux brièvement arrêtés par des hommes armés

Cameroun: 12 touristes occidentaux brièvement arrêtés par des hommes armés
(AFP 05/04/18)

Douze touristes italiens et suisses ont été brièvement arrêtés lundi par "un groupe de personnes armés" dans la région anglophone camerounaise du Sud-Ouest, a annoncé mercredi leur agence de voyage italienne. Ils "vont bien et n'ont subi aucune violence".

"Le 2 avril, durant notre voyage au Cameroun sur un parcours ouvert à la circulation (...) nous avons été arrêtés par un groupe de personnes armées qui a effectué un contrôle de nos documents et véhicules", a écrit mercredi soir l'agence African Adventure dasn un communiqué.

"Notre négociation avec ce groupe nous a permis d'obtenir leur autorisation pour repartir", précise l'agence.

Mais "peu avant notre départ, une patrouille des forces spéciales camerounaises est arrivée sur place" poursuit le texte de l'agence qui n'est pas clair sur d'éventuels coups de feu qui auraient été échangés, évoquant "un bref engagement", sans plus de détails.

Mercredi, Yaoundé a indiqué auparavant dans un communiqué qu'"une opération a permis la libération de 12 touristes européens" lundi.

"Nous avons également neutralisé les terroristes qui les avaient pris en otage", a indiqué au téléphone à l'AFP Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication.

Les touristes ont été pris à partie par "une bande de terroristes", selon le communiqué de Yaoundé, à Moungo-Ndor, en se rendant au site de "Twin Lakes", deux lacs situés dans le secteur de Kupe Muanengumba.

Depuis l'arrestation des leaders politique des séparatistes camerounais au Nigeria en janvier, les séparatistes ont plusieurs fois menacé sur les réseaux sociaux de s'en prendre à des intérêts étrangers dans les deux régions anglophones. Des appels au boycottage des banques étrangères, des aéroports situés en zone francophone et des achats dans des magasins étrangers, ont été lancés.

Le groupe armé Ambazonia Defense Forces (ADF), l'un des principaux groupes armés en zones anglophones, a démenti être à l'origine de l'arrestation des touristes occidentaux, dans des déclarations à l'AFP de son chef, Cho Ayaba.

Aucune revendication n'a été formulée.

"L'opération a permis d'éviter que leurs ravisseurs ne les emmènent au-delà de la frontière", a ajouté M. Tchiroma à l'AFP, au Nigeria voisin où Yaoundé soupçonne les séparatistes d'avoir établi leur base arrière.

La division territoriale où s'est passée l'opération militaire ayant mené à leur libération est située à une cinquantaine de km de la frontière.

C'est la seconde fois que des étrangers sont pris à partie dans les régions anglophones du Cameroun depuis début 2018 et la dégradation sécuritaire dans ces zones. Mi-mars, deux ingénieurs tunisiens avaient été enlevés. L'un d'eux avait été tué lors d'une opération de l'armée pour les libérer, "assassiné" par "les terroristes", selon l'armée.

- 'On ne sait rien' -

Par ailleurs, "six conseillers municipaux" camerounais ont été libérés lors d'une autre opération militaire dans la région du Nord-Ouest, selon le communiqué du ministre mercredi.

Le texte affirme aussi que, dans de "récents accrochages", "plusieurs dizaines d'assaillants" séparatistes ont été abattus par l'armée camerounaise et que "d'importants stocks d'armes et de munitions" ainsi que "de fortes quantités de drogue" ont été saisis.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest regroupent les habitants anglophones du Cameroun, soit 20% de la population. Elles sont secouées depuis plus d'un an par une profonde crise socio-politique, qui s'est peu à peu muée en un conflit armé de basse intensité.

Depuis trois mois, la situation sécuritaire s'y est considérablement dégradée, les groupes séparatistes armés y multipliant les actions violentes contre des symboles de l'Etat (attaques de gendarmerie, enlèvements de fonctionnaires, accrochages avec l'armée).

Dans ces deux régions frontalières du Nigeria, Yaoundé a répondu par la force, déployant un fort dispositif sécuritaire et créant, en février, une nouvelle "région militaire" dans le Nord-Ouest.

En février, l'Union européenne a jugé "essentiel que les forces de sécurité fassent un usage proportionné de la force dans l'exercice de leurs fonctions", après que de nombreux témoignages d'exactions eurent circulé.

Yaoundé s'en est défendu. Depuis, les informations sur le conflit se sont raréfiées, le gouvernement communiquant peu sur les actions militaires.

"Ce n'est pas dur: on ne sait rien, on ne sait pas combien de personnes fuient, où se passent les combats", a indiqué mercredi une source humanitaire.

Depuis fin 2017, les séparatistes anglophones ont tué 28 membres des forces de sécurité, selon une compilation de l'AFP établie sur la base des déclarations officielles. D'autres observateurs à Yaoundé parlent d'un bilan plus élevé.

A mesure que la crise évolue, de nouveaux groupes séparatistes apparaissent, arborant armes et drapeau de l'"Ambazonie" - du nom de l'Etat qu'ils veulent créer - sur les réseaux sociaux.

Des élections - dont la présidentielle - sont prévues au Cameroun fin 2018. La profonde crise socio-politique que Yaoundé traverse dans ses régions anglophones pourrait perturber ces scrutins.

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