Mercredi 22 Novembre 2017

Buea, ville camerounaise anglophone désertée avant une déclaration d'"independance" symbolique

Buea, ville camerounaise anglophone désertée avant une déclaration d'"independance" symbolique
(AFP 01/10/17)

Commerces fermés, rues désertes, cités universitaires vides, imposante présence policière... Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest au Cameroun, ressemblait samedi à une ville fantôme, à la veille de la proclamation symbolique, par les séparatistes, de l'"indépendance" des deux régions anglophones du pays.

Les séparatistes anglophones veulent proclamer symboliquement leur indépendance ce dimanche 1er octobre, jour de la réunification officielle des parties anglophone et francophone du Cameroun. Depuis cette annonce, de nombreux habitants ont fui Buea le temps d'un week-end, craignant des débordements.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone, qui représente environ 20% des 22 millions de Camerounais, proteste contre ce qu'elle appelle sa "marginalisation" dans la société.

Dans le quartier de Molyko à Buea, les cités universitaires sont vides. "Je loue une chambre dans une cité de plus de 130 chambres. Mais actuellement, je suis le seul occupant", confie à l'AFP Benoît, boulanger francophone.

"Il n'y a plus personne ici, dit-il, plus aucun étudiant. La force de Buea ce sont eux. Quand il n'y a pas d'étudiants, la ville est morte".

Benoît, lui, est resté. "Nous travaillons avec eux (les anglophones). Ils ont le sentiment que leur zone est abandonnée, d'être dans un autre monde parce qu'on ne les considère pas. Ils ont raison de se plaindre", estime-t-il.

Les principales entrées de cette cité estudiantine, autrefois paisible, sont désormais à l'image de la ville: quadrillée par des policiers armés.

L'accès à internet et aux réseaux sociaux est par ailleurs limité depuis vendredi à Buea, mais aussi à Bamenda, chef-lieu de la région du Sud-Ouest. Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones sur les dix du Cameroun, avaient été privées d'internet pendant trois mois jusqu'à fin avril, soit la plus longue coupure de ce type en Afrique.

A Buea, des sources concordantes rapportent à l'AFP un ballet incessant de forces de sécurité en ville, toute la semaine.

Vendredi soir, cinq cars militaires comptant 70 places, pleins, ont traversé Molyko à vive allure, roulant pour Buea Town, le quartier administratif où les indépendantistes ont prévu de se rassembler dimanche.

"Si les chiens (en référence aux séparatistes, NDLR) continuent à aller dans la rue pour mordre, ils vont rencontrer les forces de sécurité", avait menacé le 22 septembre le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilaï, à la radio d'Etat.

- 'Rafles quasi-quotidiennes' -

Des milliers d'indépendantistes avaient défilé le 22 dans les rues de la ville et des régions anglophones. Des habitants ont fait état de "rafles quasi-quotidiennes" par les forces de sécurité depuis ce jour, notamment à Mile 17, un quartier populaire réputé héberger des séparatistes.

Jeudi, les autorités de la région du Sud-Ouest ont annoncé une série de mesures restrictives: couvre-feu, suspension des transports, interdiction de se déplacer entre les localités, interdiction des réunions de plus de quatre personnes dans l'espace public, et fermeture des frontières.

La région est frontalière du Nigeria, que les autorités camerounaises suspectent d'être une base arrière de certains séparatistes.

M. Okalia Bilaï a également mis en garde les journalistes locaux: ceux qui iront sur les points critiques dimanche le feront à leurs risques et périls, a rapporté à l'AFP un journaliste de Buea.

Dans le quartier de Molyko, les dernières personnes encore présentes dans la rue vendredi soir se pressaient dans les rayons de l'unique supermarché ouvert, avant le couvre-feu, à 21 heures.

En moins de 30 minutes, le stock de pain et de pâtisseries est épuisé. "Fermé!", a lancé un responsable alors qu'il n'était que 20 heures. Un employé a tiré les grilles.

"Je retourne à la maison rester avec ma famille. Je suis venue acheter quelques provisions puisqu'on ne pourra pas sortir ces deux jours", a déclaré Iya, une anglophone rencontrée devant le supermarché.

"Nous allons prier pour que Dieu intervienne. Nous avons besoin de paix", a -t-elle ajouté.

- Crise économique -

A proximité, Victor Ndisang, gérant d'une école d'informatique, évoque sa situation "difficile": "Je n'ai aucun étudiant dans mon centre depuis le début de l'année académique. J'ai fait partir les enseignants, il n'y a pas d'argent pour les payer".

Son école accueillait jusqu'à 150 étudiants, encadrés par 13 enseignants.

"Si la crise perdure, je vais devoir vendre tous mes biens pour partir", explique-t-il.

La crise provoquée par la contestation anglophone affecte l'économie de la ville, estime l'entrepreneur: "Beaucoup de gens viennent me demander du travail, mais je leur dis qu'il n'y en a pas".

Yaoundé considère désormais les séparatistes comme des "terroristes", après de récentes explosions de bombes à Bamenda (nord-ouest) et à Douala (sud).

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme, tandis qu'une minorité réclame la partition du Cameroun. Deux scénarios que refuse Yaoundé.

Commentaires facebook