Vendredi 24 Novembre 2017

Vidal Kenmoe, un tireur d’élite de l’armée britannique devenu maître bottier à Douala

Vidal Kenmoe, un tireur d’élite de l’armée britannique devenu maître bottier à Douala
(Le Monde 13/11/17)
Vidal Kenmoe, le maître bottier à

Le jeune Camerounais est fabrique à la main derbies, richelieus et oxfords sur mesure pour une clientèle fortunée. Une passion qu’il pratique comme un hobby. « Une chaussure faite à la main est comme un tableau de Picasso qui a pris des jours de travail. » Sourire aux lèvres, tablier noué par-dessus son tee-shirt, Vidal Kenmoe reçoit dans son appartement situé en plein cœur du quartier Akwa, le centre commercial de Douala, capitale économique du Cameroun. Ce jeune homme âgé de 29 ans est le promoteur de Shoes By Vidal, une marque de chaussures de luxe 100 % camerounaise.

« Je n’aime pas le terme “luxe”, car ce qui est considéré comme luxe pour vous peut ne pas l’être pour moi, s’agace-t-il. Je préfère dire “fait à la main”. » Cet ingénieur aérospatial de formation devenu « maître bottier » chausse désormais des particuliers, des diplomates, des directeurs généraux, des stars comme le footballeur Samuel Eto’o et la diaspora camerounaise.
Des bottes toujours bien cirées

L’amour de Vidal Kenmoe pour les chaussures remonte à l’enfance. Puis la passion s’affirme lorsqu’il intègre en 2011, après plus de dix années passées en Angleterre, l’armée de sa gracieuse majesté qui recrute des jeunes volontaires issus des pays du Commonwealth.

« Nous avions une obligation d’être toujours bien habillé, bien chaussé, avec des bottes toujours bien cirées, se souvient-il, en faisant visiter son atelier où des paires de chaussures sont alignées les unes près des autres. Dans l’armée, j’étais dans l’infanterie, tireur d’élite. »

De retour de missions en Italie, en Allemagne ou en Afghanistan, les soldats ont droit à trois mois de repos et de récupération. Durant cette période, ils ont la possibilité de s’investir dans des actions qui n’ont « rien à voir avec les activités militaires ». Certains retournent sur les bancs de l’école pour acquérir des diplômes, d’autres se tournent vers l’élevage, la cuisine, la psychologie, la photographie…

Vidal Kenmoe choisit la botterie. Il se forme chez un ancien militaire reconverti en artisan bottier dans la ville de Derby. Il apprend à utiliser des moules, à couper, à assembler et à coudre. Après quelques mois de formation, il fabrique ses propres chaussures. En 2015, il passe de l’armée britannique à l’armée camerounaise. Au retour d’un match de tennis avec son commandant de bataillon, en septembre 2016, ce dernier s’extasie devant sa paire de richelieus. « Spontanément, je lui ai lancé : “Je peux t’en fabriquer”. Il m’a regardé, étonné. Il pensait n’avoir pas bien compris. Je lui ai répété : “Je peux en faire !” », sourit encore le maître bottier.
Entre 50 000 et 200 000 francs CFA

Vidal Kenmoe lui fabrique alors trois paires de couleur noir, bleu et marron. Le général est « stupéfait et super satisfait » de son travail. Il en parle autour de lui et c’est ainsi que les commandes commencent à affluer. En un an, il réalise plus de 100 paires de chaussures. L’ingénieur aérospatial fait du sur-mesure, reproduit à la demande de ses clients hommes et femmes derbies, oxfords, bottines, mocassins et autres sandales. Mais n’hésite pas à créer ses propres modèles, où son imagination peut s’exprimer dans le travail du cuir, du velours, du tissu et même de la fourrure. Tout matériau qu’il s’évertue à trouver localement.

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