Lundi 25 Septembre 2017

Moi, Abdel, j’ai perdu ma mère dans la catastrophe ferroviaire d’Eseka au Cameroun

Moi, Abdel, j’ai perdu ma mère dans la catastrophe ferroviaire d’Eseka au Cameroun
(Jeune Afrique 18/05/17)
Catastrophe ferroviaire au Cameroun

Le 21 octobre 2016, le train intercités entre Yaoundé et Douala déraille au Cameroun, à hauteur d’Eseka, faisant, selon un bilan officiel contesté, 79 morts. Parmi eux, la mère d’Abdel, dont la famille se bat depuis pour obtenir justice. Celui-ci nous livre son témoignage.

Abdel fait partie de ces innombrables familles en deuil depuis le 21 octobre 2016. Lui, a retrouvé le corps de sa mère, qui fait partie du bilan officiel de 79 victimes, là où tant d’autres sont encore à la recherche de proches disparus dans la catastrophe d’Eseka.

Un procès s’est d’ailleurs ouvert le 17 mai au tribunal de Douala afin d’obtenir de l’État camerounais et de Camrail qu’ils procèdent à l’identification complète des disparus, notamment via des expertises ADN sur les restes retrouvés dans les décombres. Reporté au vendredi 19 mai, il n’a de toute façon pas pour objet de statuer sur la responsabilité du transporteur et ne répondra pas aux interrogations des victimes.

Qui est responsable ? Qui doit payer ? Qui est fautif dans l’abandon des victimes et de leurs familles ? Ces questions tournent encore en boucle dans l’esprit d’Abdel, qui espère, encore, que « justice sera faite ». Voici son témoignage.

« Le 21 octobre 2016 commence comme une journée tout à fait normale pour ma famille. Ma mère doit rentrer de Yaoundé et arriver à Douala dans la matinée. Elle prévoit d’effectuer un voyage en Chine trois jours plus tard, pour ses activités commerciales, et de revenir au Cameroun le 5 novembre. ‘Si Dieu le veut’, nous avait-elle dit. Mais, ce jour-là, un pont s’effondre sur ce qui tient lieu de route entre les deux principales villes du Cameroun. La liaison en bus, que ma mère a privilégiée, est coupée. Elle se retrouve forcée de prendre le train.

Un concours de circonstances, d’autant qu’elle ne parvient que de justesse à obtenir une place en première classe. Mon père doit l’attendre à Douala à son arrivée, vers 15 heures. Mon frère l’a laissée à la gare de Yaoundé aux environs de 10 heures. Vers 11h30, elle nous envoie encore des messages, et notamment une photo de la route coupée pour se moquer de l’état des infrastructures camerounaises. Nous continuons à échanger, jusqu’à ce que nous nous rendions compte qu’elle n’est plus connectée. Nous essayons de l’appeler. Un de ses téléphones sonne, mais dans le vide et elle reste impossible à joindre. Le train vient de dérailler

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