Vendredi 20 Octobre 2017

Cameroun : un notaire pris dans une affaire de tentative de putsch évite la peine de mort

Cameroun : un notaire pris dans une affaire de tentative de putsch évite la peine de mort
(Le Monde 12/10/17)
Abdoulaye Harissou

Proche d’un ministre de Paul Biya en disgrâce, Abdoulaye Harissou crie son innocence depuis 2014. Les chefs d’accusation qui l’accablaient viennent d’être requalifiés.

L’audience s’est achevée à 4 heures et demie du matin au tribunal militaire de Yaoundé, capitale du Cameroun. Lundi 9 octobre, comme depuis trois ans, Me Abdoulaye Harissou n’a cessé de clamer son innocence. Accusé d’« outrages au président de la République », « hostilité contre la patrie et révolution », « assassinat », « détention et port illégal d’armes et de munitions de guerre », ce notaire âgé d’une soixantaine d’années risquait la peine de mort.

Mais, à la surprise générale, le juge a requalifié les faits d’accusation en « non-dénonciation » et « tentative d’outrage au président de la République ». Une infraction pour laquelle l’ancien président de la Chambre des notaires du Cameroun risque tout de même plusieurs années de prison.

« Ce n’est que le résultat de l’absence d’éléments de preuves. L’accusation a vu, en dehors du procès-verbal d’enquête préliminaire, toutes ses pièces à conviction rejetées. L’accusation n’ayant pas de témoins, le tribunal a dû requalifier les faits », souligne Me Mbuny, l’un des avocats d’Abdoulaye Harissou qui assure que son client « n’a été ni de près, ni de loin mêlé aux activités » d’Aboubakari Siddiki. Ce présumé chef rebelle est accusé d’avoir préparé un coup d’Etat en 2014 contre le régime de Yaoundé en complicité avec Abdoulaye Harissou, qu’il considère comme un mentor.

Renverser le président Paul Biya

Tout remonte au 27 août 2014. Ce jour-là, Abdoulaye Harissou est convoqué par les services du gouverneur à Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord, où il réside et exerce en tant que notaire. Inquiet, il alerte son épouse. Sur les lieux, Me Harissou est interpellé par les agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), qui le transfèrent à leur direction, à Yaoundé.

Dix-huit jours plus tôt, les services de renseignement camerounais avaient arrêté à Douala, capitale économique, Aboubakari Siddiki, président du parti politique Mouvement patriotique du salut camerounais (MPSC). Ils avaient emporté un ordinateur, huit téléphones portables et douze cartes SIM lui appartenant.

D’après l’ordonnance de non-lieu partiel et de renvoi, les investigations auraient prouvé qu’Aboubakari Siddiki a effectué des voyages à Bangui dans le but de nouer des relations avec des rebelles afin de renverser Paul Biya, 84 ans, président de la République du Cameroun depuis trente-cinq ans.

« La mise en exécution de ce plan devait se faire avec la bénédiction de rebelles soudanais, tchadiens et centrafricains, tous regroupés en République centrafricaine avec leurs chefs, le général Bachar, Ali Dassara et le colonel Adams », détaille l’ordonnance.

Selon ce document, pour mieux peaufiner leur plan, Aboubakari Siddiki aurait rencontré Michel Djotodia, président centrafricain de l’époque, tandis qu’Ali Garba, un autre présumé rebelle, réclamait 200 millions de francs CFA (305 000 euros) à Me Abdoulaye Harissou. Une somme qui devait servir à financer la rébellion. Des accusations que le notaire a toujours réfutées.

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