Lundi 18 Décembre 2017

Cameroun : carnet de route de l’écrivain Patrice Nganang en zone (dite) anglophone

Cameroun : carnet de route de l’écrivain Patrice Nganang en zone (dite) anglophone
(Jeune Afrique 06/12/17)
Manifestation en zone anglophone

Face à la crise qui secoue depuis plusieurs mois les régions anglophones, Paul Biya enjoint l'armée de combattre « sans états d'âme » ceux qu'il qualifie de « terroristes ». Dans une tribune écrite à Buéa, au pied du Mont Cameroun, l'écrivain camerounais Patrice Nganang propose une autre voie.

Le 1er décembre, faisant suite à la déclaration de Paul Biya disant que le visage de l’ennemi en zone anglophone s’est clarifié, le préfet de la Manyu (Mamfé) ordonnait aux populations de son district, dans le Sud-Ouest anglophone du Cameroun, d’évacuer quinze villages – dans l’immédiat -, sous peine d’être considérées comme complices de ceux qui posent des actes de violence.

Allons-nous vers la relocalisation forcée des populations et la constitution des camps ? Une situation offensive contre les populations qui, au Cameroun, a connu un précédent durant la période du maquis, avec ses camps de regroupement.

L’ennemi désigné

La définition par le pouvoir du profil de l’ennemi, à la suite d’assassinats visant des gendarmes, le désigne comme étant « les sécessionnistes anglophones », après qu’un an de campagne tous azimuts dans les médias de propagande a fait d’eux les boucs émissaires d’un conflit anglophone qui, jusqu’ici, avait représenté la campagne non violente la plus longue et la plus réussie de l’histoire du pays.

Chose d’autant plus extraordinaire que c’est plutôt au sein de la partie francophone du Cameroun, effervescence politique oblige, que la sécession serait logique.

Le Grand Nord et le Grand Sud sont en effet les parties les plus sociologiquement francophones du pays, tandis que sa partie anglophone, au lieu d’être anglophone, comme le prétend la vulgate, est en réalité bilingue, quand elle ne parle pas pidgin. Et cela du plus profond de son être aux manifestations les plus banales de son vécu.

L’okada [taxi-moto] de Bamenda qui me mène à Liberty Square, où tout a commencé le 21 novembre 2016, parle français et anglais. L’intendant de la prison de Buea chez qui je suis allé avec Agbor Nkongho, qui remettait, avec des pharmaciens anglophones, des médicaments aux prisonniers, nous accueille en français, puis passe à l’anglais. Et le DG de la boîte Cabaret, à Buea, anime en français.

Les administrateurs avec qui je passe une soirée à Bamenda sont anglophones, originaires de la région, mais nous échangeons en français, tout comme, bien évidemment, avec le professeur d’une école privée que j’ai rencontré à Kumba – l’une de celles qui a été vidée de ses élèves suite au mot d’ordre relayé par les réseaux pirates d’internet, qui permettent de suivre la télévision du SCNC malgré le blocus d’État sur les réseaux sociaux.

Imaginer un seul instant une telle présence réciproque de l’anglais à Yaoundé serait faire preuve de provocation. Car « Yaoundé est francophone ».
Montée en puissance des écoles anglophones

Et pourtant, on ne saurait sérieusement parler de la zone anglophone du pays sans son excroissance dans la zone francophone – par exemple, ces écoles primaires anglophones où il est de mode chez les francophones, depuis 2005 à peu près, d’envoyer son enfant, comme c’est le cas pour presque tous mes neveux.

Quel sera le futur de ces enfants francophones qui, dans quinze ans, ne vont sans doute pas tous quitter le pays pour se perdre à l’international, où l’anglais est majoritaire, et vont donc entrer en compétition avec les anglophones lors des examens de recrutement de l’État pour les quelques postes réservés aux anglophones – qui sont, justement, l’un des objets du contentieux ?

Agbor Nkongo, le leader anglophone à qui j’en parle, saute par-dessus le cheval au cours de notre discussion de plusieurs heures au Buea Mountain Club, le club social de tradition britannique le plus vieux du pays. « L’anglais sera la langue officielle du Cameroun », assure-t-il, optimiste.

Comme Emile Mbella, le directeur de l’école publique anglophone de N’lohe, sans bâtiments vraiment, et qui, sur ses 450 élèves, en compte 75 qui sont francophones. Plus que tout, il souhaite de nouvelles salles de classes. À Yaoundé, les effectifs de l’école anglophone de Madagascar ont aussi augmenté, certes à cause du flux d’enfants migrants de la zone en crise.

Aujourd’hui, il n’y a plus de quartier à Yaoundé ou à Douala qui ne possède son école privée bilingue. C’est dire qu’il y a un vote favorable des parents pour l’anglais, même si, aujourd’hui, aux écoles bilingues ils préfèrent plutôt des écoles inscrites totalement dans le système anglophone.

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