Lundi 18 Décembre 2017

Sous la menace de la Cour pénale internationale, le régime de Bujumbura s’enfonce dans le déni

Sous la menace de la Cour pénale internationale, le régime de Bujumbura s’enfonce dans le déni
(Le Monde 19/09/17)
Le Président, Pierre Nkurunziza.

A la veille de la présentation des conclusions de l’enquête de l’ONU sur les « crimes contre l’humanité commis au Burundi », le conseiller du président Nkurunziza était en visite à Paris pour présenter son « contre-rapport ».
« Il n’y a pas de guerre au Burundi, monsieur ! » Ce samedi après-midi 16 septembre, dans les salons à moquette de l’hôtel parisien Renaissance, un scandale perce le calme feutré d’une discrète conférence. Un vieux monsieur a osé dire que des crimes politiques sont commis au Burundi depuis le maintien au pouvoir de son président, Pierre Nkurunziza, au printemps 2015. Bronca dans la salle. Peu avant, un Burundais en exil tentait de distribuer des tracts marqués de noms de disparus. Il a été vite repoussé par le service de sécurité entourant le conférencier du jour : Willy Nyamitwe, conseiller en communication de Pierre Nkurunziza, « ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire », frère du ministre des affaires étrangères et pilier du régime, venu pour s’exprimer en « conférence publique ». A trois pas de la place du Trocadéro, les touristes croisent les Imbonerakure, la milice du parti de Pierre Nkurunziza.
Le moment est crucial pour ce régime isolé qui résiste à toutes les pressions diplomatiques depuis deux ans. Les 18 et 19 septembre, la commission d’enquête sur le Burundi doit présenter son rapport final au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Elle n’a jamais été autorisée à accéder au territoire burundais, mais 500 témoins, souvent réfugiés à l’étranger, l’ont poussée à avoir « des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis, depuis avril 2015, et continuent à être commis au Burundi ». Exécutions, arrestations arbitraires, tortures, violences sexuelles, traitements cruels, disparitions forcées : la commission a appelé la Cour pénale internationale (CPI) à se saisir du dossier. Le Burundi s’étant retiré du traité de Rome qui a créé la juridiction internationale, celle-ci a jusqu’au 26 octobre pour ouvrir une enquête.
Milicien lynché

Pierre Nkurunziza, ancien chef rebelle élu en 2005, sort rarement de son pays. Encore moins depuis que son chef d’Etat major, le général Godefroid Niyombare, a profité d’un sommet de l’Union africaine pour tenter de lui prendre le pouvoir le 13 mai 2015. L’un de ses derniers fidèles est donc venu à Genève, puis à Paris poser cette étrange question : « Le Burundi des droits de l’homme n’existe-t-il pas vraiment ? » Pendant ce temps, comme chaque samedi à Bujumbura, les autorités ont rassemblé la foule pour protester contre « les Occidentaux ».

Un bus incendié, un milicien lynché par des opposants, une grenade, l’ambassadeur français, Laurent Delahousse, participant à une « marche de la paix » à Bujumbura : voici les preuves du « contre-rapport ». « Maintenant, nous allons vers les élections de 2020 », dit Willy Nyamitwe, qui promet pourtant : « Pierre Nkurunziza ne veut pas être président à vie. »

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