Le dialogue d’Arusha dans l’impasse ? | Africatime
Samedi 29 Avril 2017

Le dialogue d’Arusha dans l’impasse ?

Le dialogue d’Arusha dans l’impasse ?
(Iwacu 18/04/17)
Benjamin William Mkapa.

Le facilitateur a dépêché un émissaire pour demander une immunité provisoire aux personnes poursuivies par la justice. Le président Pierre Nkurunziza a dit niet.

« Le président de la République a répondu à la correspondance que le facilitateur Benjamin William Mkapa lui a adressée », dixit le porte-parole du président, Jean Claude Karerwa.

Le message lui est parvenu en date du 27 février 2017. Il demande l’immunité provisoire pour certaines personnes qui sont accusées de différentes infractions, surtout la tentative du coup d’Etat de 2015. Ceci pour permettre à ces personnes de participer au dialogue inter-burundais d’Arusha.

Le numéro Un burundais a réagi à cette correspondance en signifiant au facilitateur qu’une telle mesure ne peut être prise. Elle est en contradiction avec la Constitution qui ne permet pas au président de la République d’accorder une immunité provisoire. Selon lui, ces personnes pourraient être régies par l’article 171 de la loi no 1/05, portant révision du Code pénal qui autorise seulement au pouvoir législatif à accorder une amnistie à de telles personnes.

Dans sa correspondance, Pierre Nkurunziza a également émis des propositions à la facilitation. Il s’agit, entre autres, que le dialogue puisse se conclure dans les délais fixés par le facilitateur lui-même. C’est-à-dire avant la fin du mois de juin.

Selon le président burundais, il faut également rapatrier le dialogue pour permettre à plusieurs personnes d’y participer. Il a appelé au respect de l’esprit et de la lettre de la loi burundaise ainsi que les instruments internationaux.

Et il a enfin demandé au facilitateur de convaincre les protagonistes du conflit burundais d’engager un débat constitutionnel pour que d’ici 2020 il y ait une autre Constitution sans équivoque, mais aussi une loi électorale pour que les Burundais ne se souviennent pas de régler leur compte plus tard.

Charles Nditije : « On dirait que le facilitateur reconnaît la légitimité de Nkurunziza. »

nditijePour le président du Cnared, on dirait que ces personnes poursuivies ont été traduites devant la justice et condamnées conformément à la loi. Charles Nditije précise que la seule voie de sortie de la crise que traverse le Burundi est le dialogue inclusif. « Le facilitateur Mkapa et les chefs d’Etat de l’EAC devraient convaincre le président Pierre Nkurunziza à accepter le dialogue avec ses opposants » Et de conclure : « C’est avec le dialogue inclusif qu’une commission indépendante va trancher et statuer sur ceux qui ont violé les accords d’Arusha et ceux qui sont poursuivis pour tentative de coup d’Etat.»

Vital Nshimirimana : « La demande du facilitateur n’a aucun sens.»

vital-nshimirimana-copiePour cet activiste de la Société civile en exil, la demande adressée au président Nkurunziza par le facilitateur n’a aucun sens. Tout d’abord le facilitateur qui prétend demander l’immunité provisoire n’est pas sans connaître que la justice burundaise est devenue un outil de répression du régime. « La justice burundaise a emprisonné de milliers de manifestants juste parce qu’ils ont exprimé leur opinion et leur protestation contre un mandat illégale et inconstitutionnel ». Il n’est pas logique que le facilitateur demande à une partie au conflit d’accorder l’immunité provisoire à l’autre partie. Selon Vital Nshimirimana, si on devait accorder l’immunité provisoire, on l’accorderait à ceux-là qui tuent, qui pillent et qui torturent.

Hamza venant Burikukiye : « Le dialogue d’Arusha n’est plus nécessaire.»

hamza-burikukiye-2D’après le président du collectif des associations des personnes infectées et affectées par le VIH/Sida, CAPES+, il faut laisser la question de pardon ou d’immunité aux Burundais eux-mêmes. Selon Hamza Venant Burikukiye, comme le Gouvernement et le parti Cndd-Fdd ont déjà manifesté la volonté de pardonner, il revient aux putschistes eux-mêmes de formuler cette demande d’immunité. « Sinon, Mkapa n’en a plus le droit.» il ne voit d’ailleurs plus la nécessité du dialogue d’Arusha. « Et pour ce, Benjamin William Mkapa n’a pas droit de demander quoi que ça soit pour les putschistes.»

Léonce Ngendakumana : « Une erreur du facilitateur »

leonce-ngendakumana-16-copiePour le vice-président du parti Sahwanya Frodebu, le facilitateur Benjamin William Mkapa a commis une erreur. « Est-ce que la justice a déjà tranché sur cette question ? Pourquoi alors demander une immunité pour elles alors qu’elles sont encore innocentes ? ». Cet opposant indique qu’il faut mettre de côté tous les obstacles aux négociations inclusives. Il ne comprend même pas pourquoi demander de l’immunité pour les ‘’putschistes’’ comme si ceux qui ont violé la Constitution et les Accords d’Arusha sont plus saints. Pour lui, toutes ces questions doivent être mises sur la table des négociations. Et de déclarer : « C’est à la fin qu’on va alors décider qui accorder l’immunité provisoire ou définitive.»

L’opinion tant nationale qu’internationale commence à se demander si les pourparlers inter-burundais ne foncent pas vers un cul-de-sac. D’aucuns se demandent quelle carte reste donc au facilitateur Mkapa après ce revers qu’il a subi face à Bujumbura, plus intransigeant que jamais.

En tout cas, c’est au sommet des chefs que va se dessiner la suite à apporter à ce dialogue. La facilitation va présenter ses conclusions pour envisager la continuité du dialogue.

On est donc en face de deux alternatives : soit la médiation régionale force Bujumbura à dialoguer avec ses véritables adversaires, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui ont contesté la candidature du président Pierre Nkurunziza et qui ont pris par la suite le chemin de l’exil. Ou alors, on retombe dans un carnaval de pseudo dialogue où sont invités et dansent « collés-serrés », le parti au pouvoir et « l’opposition basée à Bujumbura. » Et les Burundais ne seront jamais tranquilles parce qu’on aura oublié ceux qui pourraient jouer les trouble-fête. Donc, le président ne peut accorder d’immunité provisoire à ceux qui sont poursuivis par la justice et semble renvoyer la question au Parlement, selon sa correspondance. L’Assemblée nationale jouit de cette prérogative. On se souvient de l’immunité accordée aux rebelles du Cndd-Fdd en 2001, pour faire avancer les choses. Au final, le véritable questionnement c’est de savoir ce que veut le peuple burundais. L’aspiration première du peuple n’est-elle pas d’avoir la paix et de manger à sa faim ?

Commentaires facebook