Mardi 25 Juillet 2017

Le Conseil de sécurité toujours divisé sur le Burundi

Le Conseil de sécurité toujours divisé sur le Burundi
(Iwacu 20/03/17)

Aucune mesure n’a été prise lors de la dernière réunion du Conseil de sécurité de l’Onu sur la situation au Burundi. Une déception pour ceux qui demandaient des sanctions pour certains responsables Burundais.

Le Conseil de sécurité n’a pris aucune mesure lors de la réunion du 9 marsLe Conseil de sécurité n’a pris aucune mesure lors de la réunion du 9 mars
«Nous espérons que le Conseil va tenir compte des rapports déjà produits afin de prévenir une guerre civile», avait déclaré dans les colonnes d’Iwacu, Armel Niyongere, activiste de la société civile. Des organisations locales et internationales, dont Human Right Watch et FIDH, avaient demandé des «sanctions ciblées contre les personnes responsables des violations graves des droits humains perpétuées au Burundi.» Des sanctions allant des interdictions de voyager au gel des avoirs. «De telles mesures enverraient un message fort aux dirigeants burundais ayant été peu inquiétés pour avoir continué de perpétrer de violents abus contre leur propre population.» Des activistes des droits humains et politiques de l’opposition avaient placé beaucoup d’espoirs dans cette réunion du Conseil de sécurité des NU.

Leurs espoirs ont été refroidis par le blocage de la Russie, la Chine et l’Egypte qui sont opposés aux sanctions en raison du principe de non- ingérence dans les affaires internes d’un Etat. Dans une déclaration à la presse faite par le Conseil de sécurité sur la situation au Burundi, ce lundi 13 mars 2017, ses membres indiquent avoir pris acte du rapport du Secrétaire général des NU et ont exprimé leur profonde inquiétude devant la situation politique, l’insuffisance des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la résolution 2303 et l’absence d’engagement du gouvernement burundais à cet égard. «Tout en constatant que la situation en matière de sécurité dans le pays est restée calme dans l’ensemble, ils se sont déclarés à la fois extrêmement préoccupés par le nombre croissant de réfugiés qui quittent le pays et troublés par les informations faisant état d’actes de torture, de disparitions forcées et d’assassinats.»

La région doit s’impliquer davantage

Dans cette déclaration, les membres du CSNU ont réaffirmé leur appui au processus de facilitation dirigé par Benjamin Mkapa. Ils ont souligné que le dialogue inter-burundais, sous l’égide de la CAE avec l’appui de l’Union africaine, est le seul processus viable en vue d’un règlement politique durable au Burundi. Ils ont demandé aux États de la région de prêter leur concours en vue d’une résolution pacifique de la crise au Burundi. Le CSNU s’est dit déterminé à continuer de suivre de près la situation au Burundi, y compris les progrès à venir dans la mise en œuvre de la résolution 2303.

«Le fait qu’à peine un mois après sa prise de fonction, le Secrétaire général soumette le dossier du Burundi au Conseil de sécurité montre que c’est une question préoccupante pour les Nations unies», souligne un spécialiste des relations internationales. Pour lui, c’est une bonne chose dans la mesure où il existe des conflits dans le monde dont on ne parle plus.

Selon lui, le Conseil de sécurité des NU n’a pas pris de résolution car le SG des NU n’a pas demandé des sanctions contre Bujumbura. «Il y a une confusion. Le Secrétaire général voulait plus de moyens d’action au Burundi dans la mesure où le gouvernement ne coopère pas avec les NU.» En renouvelant sa confiance au facilitateur Benjamin Mkapa, le spécialiste trouve que le Conseil de sécurité a fait un appel à la Communauté est-africaine et à l’Union africaine pour qu’ils prennent leurs responsabilités. «C’est ça qu’il fallait attendre de cette réunion. Il faut attendre le prochain Sommet de l’EAC pour voir si ce message a été entendu.»

Cndd-Fdd en avant toute !
Confiance aveugle en son propre jugement et partant autisme politique vis-à-vis des critiques émises et des conseils prodigués, le syndrome de l’hybris sera toujours le ressort de la rhétorique et de la posture du Cndd-Fdd dans la crise burundaise aussi longtemps qu’il pourra se prévaloir d’une « situation sécuritaire restée globalement calme », selon la déclaration du Conseil de sécurité des Nations unies du 13 mars, à laquelle ont souscrit, après des ajustements, les soutiens traditionnels du régime Nkurunziza.

Fort de cette déclaration aux airs de vœu pieux du CSNU, le parti au pouvoir se sentira ragaillardi dans sa politique de retournement de ses opposants « cenarediens » d’autant qu’elle semble faire florès. Trois membres du Cnared (Alice Nzomukunda, Mathias Basabose et Joseph Ntidendereza) sont rentrés de l’étranger, lundi 20 février. L’hémorragie avait commencé en janvier dernier par le retour de l’ancien président de la République Sylvestre Ntibantunganya, membre d’honneur du Cnared. Et ce n’est que le début, aux dires de l’Ombudsman burundais – un cacique du Cndd-Fdd -, qui a affirmé être rentré avec les bagages d’autres opposants politiques désireux de rentrer prochainement. Le dernier en date à avoir fait défection est Félix Ndayisenga, l’ancien ambassadeur du Burundi en Belgique, rentré d’exil, dimanche 5 mars. Une différence notable avec les quatre précédents : M. Ndayisenga a fait allégeance au Cndd-Fdd, son parti d’origine.

Alors que les uns et les autres s’échinent à envoyer rapports et lettres au Conseil de sécurité, lesquels décrivent par le menu les graves violations des droits de l’Homme commises par le pouvoir, pas de changement de cap stratégique en perspective pour ce dernier. Et pour cause, ce conflit de basse intensité fera persister la division structurelle au Conseil de sécurité : les partisans d’une position ferme à l’encontre du gouvernement burundais et ses soutiens aux premiers rangs desquels la Chine et la Russie disposant du droit de véto.
Guibert Mbonimpa

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