Mardi 20 Février 2018

Crise politique au Burundi : « Le risque de génocide est dépassé mais les tueries continuent »

Crise politique au Burundi : « Le risque de génocide est dépassé mais les tueries continuent »
(Jeune Afrique 07/02/18)
Manifestants à Bujumbura contre un troisième mandat du président Nkurunziza, le 13 mai 2015.

504 personnes ont été tuées au Burundi en 2017, selon le dernier rapport de l'organisation de défense des droits de l'homme burundaise (APRODH), présenté le 3 février à Paris. Son président, Pierre-Claver Mbonimpa, revient pour Jeune Afrique sur ce bilan.

Plus de 500 personnes ont perdu la vie en 2017 dans les violences liées à la crise politique que traverse le Burundi, selon l’association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH). Dans son dernier rapport, paru en janvier 2017 et présenté le 3 février à Paris, elle dresse un portrait sombre de la situation au Burundi, quelques mois après le retrait effectif du pays de la Cour pénale internationale (CPI) et l’échec de la dernière étape du dialogue inter-burundais à Arusha, boycotté par une grande partie de l’opposition.

Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’organisation, qui a lui-même été visé par un attentat qui a failli lui coûter la vie en 2015, revient pour Jeune Afrique sur cette enquête.

Jeune Afrique : Selon l’APRODH, plus de 500 personnes ont été tuées au Burundi en 2017, et 373 autres ont été blessées. Comment êtes-vous parvenus à une telle précision ?

Pierre-Claver Mbonimpa : Notre organisation a continué à travailler comme d’habitude, malgré le fait qu’elle a été radiée par le gouvernement de Bujumbura. Nous coopérons avec la population, avec des sources sécuritaires, avec la police et avec tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ce qui se passe au Burundi, surtout en ce qui concerne les tueries. Tous les mois, nous mettons en ligne sur notre site internet un rapport qui fait le point sur la situation.

Dans le rapport, vous mettez en cause les Imbonerakure [ces hommes de l’ombre qui font régner la terreur, ndlr], qui seraient à eux seuls responsables de 62,89 % des atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique. Comment expliquez-vous cette capacité de nuisance ?

Les Imbonerakure sont les jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Ils sont armés et portent un uniforme. Certains d’entre eux ont été encadrés et formés pour commettre des crimes. Ils commettent des exactions sous couvert du Service national du renseignement (SNR). C’est une police qui émane directement de la présidence de la République.

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