Samedi 19 Août 2017

Bujumbura dos au mur ?

Bujumbura dos au mur ?
(Iwacu 16/05/17)

Le parlement burundais demande la levée des sanctions prises par l’Union européenne (UE) contre Bujumbura. Il vient de déposer une proposition de résolution d’urgence sur la situation du Burundi à l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE.

Les parlementaires demandent la levée des sanctions contre BujumburaLes parlementaires demandent la levée des sanctions contre Bujumbura
«Le parlement demande à l’UE et aux Etats membres de tenir compte de toutes les performances réalisées par le gouvernement du Burundi dans l’amélioration de la situation des droits de l’Homme depuis le 26 avril 2015 pour lever les sanctions prises contre le Burundi.» Peut-on lire dans cette proposition de résolution envoyée à l’Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP (Afrique Caraïbe Pacifique). Elle se tiendra à Malte du 19 au 21 Juin 2017.
Pour le parlement burundais, ces sanctions affectent énormément la population dans des domaines variés comme la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et l’appui au développement durable.

Comme raisons, le parlement burundais se dit satisfait de la ’’normalisation de la situation sécuritaire sur toute l’étendue du territoire.’’ De plus, le parlement burundais se réjouit du retour volontaire des réfugiés burundais et de certains leaders politiques «rassurés et encouragés par l’évolution positive de la situation».

Sur le plan de la liberté d’expression et de réunions, le parlement burundais note que les ’’radios et télévisions publiques et indépendantes émettent sur tout le territoire’’. Encore mieux, poursuit-il, les partis politiques tiennent librement des réunions avec leurs membres conformément aux lois en vigueur «à l’exception du parti MSD suspendu pour une période de six mois pour s’être engagé à former un groupe armé».

Dans cette proposition de résolution, le parlement burundais se dit satisfait de l’état d’avancement du dialogue inter-burundais tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et se félicite des réunions organisées à l’extérieur du pays sous les auspices du facilitateur Benjamin Mkapa et le président ougandais Yoweri Museveni. Pour le parlement burundais, toutes ces «avancées» militent pour la levée des sanctions.

Wolfram Vetter : «Il y a des violations des droits de l’Homme»

D’après l’Ambassadeur de l’UE au Burundi, la situation au Burundi ne s’est pas encore normalisée depuis les événements de 2015. Il l’a dit lors de la célébration, ce 9 mai 2017, de la Journée de l’Europe.

« La sécurité qui est revenue reste superficielle et fragile. Il y a des violations des droits de l’Homme. Les cas de tortures, les disparitions continuent à être rapportés, l’espace politique et l’espace pour les médias et la société civile sont fortement réduits», indique Wolfram Vetter.

Selon lui, les engagements attendus de la part du gouvernement burundais contenus dans la décision de l’article 96 de l’Accord de Cotonou sont tout à fait cohérents avec les 8 points de la médiation. «Des progrès sur ces points permettraient à l’Union de relancer graduellement sa coopération directe avec le gouvernement.»

Aimé-Alain Nyamitwe : «Nous regrettons les mesures prises par l’UE»

La paix et la sécurité règnent sur toute l’étendue du territoire», a répondu le ministre burundais des Relations Extérieures à l’ambassadeur de l’UE.

La preuve, selon lui, les ambassadeurs des Etats membres de l’UE viennent de rentrer des tournées dans le centre du pays. «Nous regrettons les mesures prises par l’UE au titre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou»

Le ministre Nyamitwe indique que des divergences de vues et des incompréhensions persistent sur certaines questions concernant la situation au Burundi. «Le gouvernement reste disposé à continuer le dialogue entamé par l’UE en vue de trouver une issue rapide pour la reprise de cette coopération directe».

Tatien Sibomana : «La violation de l’article 96 de l’Accord de Cotonou est toujours d’actualité»

«L’Uprona de l’opposition n’a jamais soutenu des sanctions qui causent préjudice à la population.» Cependant, nuance cet opposant, cela ne signifie pas que nous soutenons les violations des conventions et pactes internationaux que le gouvernement burundais a ratifié.

Tatien Sibomana se demande si réellement le parlement burundais va convaincre l’Assemblée paritaire ACP-UE. «Je pense qu’il leur sera difficile parce que ce qui se passe au Burundi ne se fait pas à huis clos. Le constat amer est que tous les rapports font encore état de violations massives des droits de l’Homme».

Jean de Dieu Mutabazi : «L’UE penche du côté des putschistes, c’est notre constat»

Le président du parti Radebu soutient l’initiative du parlement car «il parle au nom du peuple burundais.» Jean de Dieu Mutabazi demande à l’UE d’être neutre. «Nous avons déjà constaté qu’elle penche du côté des putschistes, de l’opposition radicale et des organisations qui se disent des droits de l’Homme.»

D’après lui, le gouvernement a déjà fait des efforts qui montrent qu’il y a une nette amélioration. «Nous espérons que l’UE va reprendre la coopération».

Hamza Burikukiye : «Les forces négatives sont responsables des violations des droits de l’Homme.»

«Ces sanctions touchent tous les Burundais et c’est le petit peuple qui en souffre le plus», précise le président de Capes+. Hamza Burikukiye soutient la demande du parlement burundais car, d’après lui, il y a eu une amélioration de la situation politico-sécuritaire.

Il demande plutôt à la Communauté internationale ’’d’aider le gouvernement du Burundi à neutraliser les forces négatives responsables des massacres, des enlèvements et des disparitions forcées’’.

Anschaire Nikoyagize : «Qu’on laisse alors les experts onusiens venir enquêter»

D’après cet activiste des droits humains, la situation n’a pas bougé d’un iota. Selon lui, les chiffres des personnes tuées, des disparitions forcées ou des refugiés ne cessent d’augmenter. Anschaire Nikoyagize met au défi le gouvernement d’autoriser des enquêtes indépendantes et crédibles.

«Le gouvernement a seulement brillé dans la suppression des organisations civiles et la restriction des libertés de la presse et de réunion.» Cet activiste assure qu’il n’a jamais soutenu les sanctions qui touchent la population. «L’UE doit continuer à aider la population sans financer ce régime».

Commentaires facebook