Vendredi 15 Décembre 2017

L’œil de Glez : pour en finir avec la « blague sur la climatisation » de Macron au Faso…

L’œil de Glez : pour en finir avec la « blague sur la climatisation » de Macron au Faso…
(Jeune Afrique 05/12/17)

Emmanuel Macron a-t-il insulté Roch Kaboré, lors de son passage à Ouagadougou ? Les interprétations françaises et burkinabè ne coïncident guère…

« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde », disait l’humoriste Pierre Desproges. La méprise vient parfois moins des protagonistes – chambreur et victime – que des témoins. Après la scénette universitaire ouagalaise où un président français interpréta la sortie de son homologue burkinabè comme une mission de réparateur de climatisation, Emmanuel Macron et Roch Marc Christian Kaboré ont été clairs : l’usage de l’humour est un signe, voire une preuve, de fraternité respectueuse. Les médias français, pourtant, ont tenté de prophétiser une apocalypse diplomatique…
Les Français seraient-ils plus royalistes que le « roi » du Faso ?

Sur un plateau de télévision, un humanitaire attachant témoigne de sa « honte d’être français », à la vue de la condescendance du locataire de l’Elysée, tandis qu’un journaliste vindicatif invoque rien de moins que le « colonialisme ». La chroniqueuse acide d’un talk-show nocturne profite même de la présence du « macrophile » Manuel Valls pour évoquer « l’humiliation » d’un leader africain légitime par un ancien colon grossier. Les Français seraient-ils plus royalistes que le « roi » du Faso ?

En réalité, pour le commun des Burkinabè, l’incident ne vaut pas plus que son pesant de cocasserie. Si les habitants du Burkina Faso ont été choqués par un détail de la séquence interactive de la visite présidentielle, c’est par l’ineptie de certaines questions étudiantes qui n’arrivaient pas à la cheville des meilleurs esprits scolarisés du pays. En ce qui concerne la forme, Emmanuel Macron n’a fait que s’adapter à l’ambiance chahuteuse de l’amphithéâtre et à l’esprit goguenard de Roch Kaboré – en dépit de plans de coupe mal choisis par la couverture médiatique. Sur cet épisode, le président farceur est apparu plutôt fraternel, dans un pays où le clash complice n’est pas qu’une pratique de rappeur. Il est ancré dans la culture traditionnelle, à l’image du ressort dramaturgique de la parenté à plaisanterie entre ethnie.

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