Vendredi 20 Avril 2018

Le combat de « Mama Partenariat » pour le planning familial en Afrique

Le combat de « Mama Partenariat » pour le planning familial en Afrique
(Le Monde 18/12/17)
Fatimata Sy dirige le Partenariat de Ouagadougou, un programme qui encourage la contraception dans neuf pays où le sujet reste très sensible.

Fatimata Sy dirige le Partenariat de Ouagadougou, un programme qui encourage la contraception dans neuf pays où le sujet reste très sensible. Son combat lui a valu des accusations violentes. « Elle veut tuer nos enfants et anéantir la population africaine ! Elle est de mèche avec les Occidentaux ! » Fatimata Sy aura tout entendu. A 65 ans, cette Sénégalo-Mauritanienne dirige depuis 2012 le Partenariat de Ouagadougou, un programme de planification familiale lancé un an plus tôt dans neuf pays d’Afrique francophone pour permettre aux femmes d’accéder aux méthodes modernes de contraception. Dans une région où le sujet est particulièrement sensible, l’initiative ne plaît pas à tout le monde.

Mais Fatimata Sy n’a pas l’habitude de se laisser abattre. Imperméable aux critiques, elle poursuit son objectif : donner aux femmes le droit de choisir « combien d’enfants elles souhaitent avoir et quand », afin de faciliter leur accès à l’éducation et au travail. L’enjeu est énorme. « On ne peut pas parler d’émergence économique tant que les femmes n’ont pas leur place sur le marché du travail. Or l’Afrique francophone est très en retard sur l’accès à la contraception, un facteur essentiel à l’autonomisation des femmes », analyse Fatimata Sy.

Les défenseurs du planning familial espèrent accélérer la croissance économique de la région en maîtrisant le taux de fécondité. « Il y a encore trop de jeunes sans emplois. Et il faut construire plus d’écoles pour ceux qui viennent au monde. Tout cela est un fardeau que l’on doit absolument alléger, explique Modibo Maïga, conseiller à l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). La planification familiale permet de réduire la mortalité infantile et maternelle mais aussi de capturer le dividende démographique pour que les jeunes puissent se mettre au travail et créer des richesses. Or, à ce rythme de naissances, ça va être difficile. »
« La stigmatisation reste très prégnante »

Depuis 2011, le Partenariat de Ouagadougou a contribué à faire passer le nombre d’utilisatrices de contraception moderne de 3 à 4,35 millions dans les pays membres : Togo, Sénégal, Mauritanie, Guinée, Mali, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Bénin. « C’est plus que ce que nous espérions. Et, à l’horizon 2020, nous visons 2,2 millions de femmes supplémentaires. » Fatimata Sy ne cache pas sa fierté. De passage à Paris, en novembre, pour convaincre le gouvernement français de l’importance de l’accès à la contraception au moment où les Etats-Unis menacent de se désengager, elle dégage à la fois une forte détermination et un grand calme.

Au quotidien pourtant, la tâche est rude. Surnommée « Mama Partenariat », Fatimata Sy mène la bataille sur tous les fronts. Financier d’abord, car si le Partenariat réunit neuf pays africains, ses principaux fonds proviennent des Etats-Unis – l’Usaid est le principal investisseur – et de la France. « En Afrique francophone, les besoins pour maîtriser la démographie sont énormes, mais le planning familial n’est pas une priorité nationale. Les ressources allouées par nos gouvernements ne sont pas à la hauteur et nous sommes toujours dépendants des pays occidentaux », regrette-t-elle.

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