Lundi 23 Octobre 2017

Odile, 13 ans : « J’ai été vendue pour devenir la quatrième épouse d’un homme de 50 ans »

Odile, 13 ans : « J’ai été vendue pour devenir la quatrième épouse d’un homme de 50 ans »
(Le Monde 11/10/17)
Au Bénin, le mariage des mineures a des causes coutumières et économiques. Crédits : Julie Pudlowski

Pour la Journée internationale de la fille, zoom sur le Bénin, où une fille sur dix est encore mariée avant l’âge de 15 ans malgré une législation progressiste. Commune de Sô-Ava, au bord du lac Nokoué, dans le sud du Bénin. Pour Odile, le cauchemar a commencé alors qu’elle n’avait que 13 ans. « Je ne me doutais de rien, raconte-t-elle. Un matin, à mon réveil, ma mère m’a envoyée puiser de l’eau dans une maison voisine. Là, j’ai été agressée et enlevée par quatre hommes qui m’ont conduite dans une petite chambre. Un autre homme d’une cinquantaine d’années est arrivé, c’était une connaissance de mes parents. Il m’a informée que, désormais, j’étais sa quatrième épouse. »

Victimes de sévices sexuels, Odile finit par s’évader : « Parce que je lui résistais, j’ai été battue et isolée dans une chambre. Un matin, j’ai escaladé les palissades de ma douche et j’ai sauté dans le lac, car la maison était construite sur pilotis. Je n’ai eu la vie sauve que grâce à une embarcation qui passait. Les passagers, en route vers Porto-Novo, ont remarqué que je me débattais dans l’eau. »

Le 11 octobre, journée internationale de la fille

Depuis 2012, le 11 octobre a été désigné « journée internationale de la fille » par les Nations unies, afin de promouvoir « l’autonomisation des filles et l’exercice de leurs droits fondamentaux ». Cette année, la journée, placée sous le thème « Avant, pendant et après une crise », met l’accent sur « les millions de filles qui vivent actuellement dans des situations d’urgence ».

Cette journée « est l’occasion de rappeler que l’éducation des filles est un levier inestimable pour lutter contre l’extrême pauvreté », estime l’ONG ONE, qui souligne que neuf des dix pays du monde où les filles ont le moins accès à l’éducation sont en Afrique, le premier étant le Soudan du Sud (15,93 %), suivi par la Centrafrique (17,75 %), le Niger (21,5 %), l’Afghanistan (23,51 %), le Tchad (27,16 %), le Mali (29,28 %), la Guinée (30,35 %), le Burkina Faso (33,03 %), le Liberia (36,2 %) et l’Ethiopie (36,79 %).

Selon l’ONG, l’accès des filles à l’éducation et la poursuite de leur scolarité se heurtent à de nombreux obstacles sociaux, culturels et économiques. Dans les dix pays du classement, plus de la moitié des filles se marient avant leur 18e anniversaire et, en moyenne, une fille sur quatre est obligée de travailler, souligne notamment ONE.

Violences sexuelles

Comme Odile, une fille sur dix est mariée avant l’âge de 15 ans au Bénin, et trois filles sur dix avant 18 ans, selon une étude du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) parue en 2015. Le mariage des enfants, forcé ou non, est défini comme l’union, informelle ou légale, religieuse ou coutumière, de toute personne de moins de 18 ans. Les filles sont mariées de force par leurs parents ou tuteurs, avant même d’être physiquement ou émotionnellement matures, pour devenir des épouses et des mères.

Une fois mariées, elles sont fréquemment exposées aux violences sexuelles, physiques et psychologiques, sans pouvoir faire valoir leurs souhaits en matière de contraception et de protection sexuelle, d’où un risque élevé de contracter le sida et d’autres maladies sexuellement transmissibles. Jeanne, mariée de force à l’âge de 11 ans, témoigne : « J’ai été tellement violée par cet homme que souvent je pissais du sang. C’est après avoir été recueillie par les sœurs salésiennes que j’ai été informée, après un dépistage, que j’étais infectée par le VIH. »

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