Mercredi 17 Janvier 2018

La scène artistique béninoise rend hommage au Royaume d'Abomey

La scène artistique béninoise rend hommage au Royaume d'Abomey
(Le Point 09/01/18)

« C'est au bout de la vieille corde que l'on tisse la nouvelle » dit un proverbe africain. Le galeriste parisien Robert Vallois s'en est souvenu lorsque cet amateur d’art classique et contemporain béninois s'est investi dans un projet humanitaire et culturel au Bénin avec l’association française Hospitalité et Développement et le Collectif des Antiquaires de Saint-Germain-des-Prés. Une école maternelle à l'entré de Cotonou a d'abord été construite en 2012, puis le Centre Arts et Cultures de Lobozounkpa pour la création contemporaine. Enfin, l’édification du Petit Musée de la Récade fin 2015 a offert un écrin aux sceptres royaux du Dahomey. Cette collection exceptionnelle a été réunie grâce aux dons des antiquaires parisiens et des collectionneurs occidentaux, permettant à ce musée d'être le seul au monde consacré à ce symbole du pouvoir béninois. Bien que participant au rayonnement culturel du pays et à son attractivité touristique, au même titre que la Fondation Zinzou, les autorités gouvernementales comme Paul Hounkpè, le ministre de la Culture à l'époque, n'ont pourtant pas fait le déplacement lors de son inauguration. « Le Petit Musée de la Récade fait partie du Centre qui offre une ouverture inédite sur le patrimoine culturel béninois et sur la création contemporaine tout en étant fortement ancré dans le tissu social du quartier de Lobozounkpa » précise Élise Daubelcour, la compagne de Dominique Zinkpè, le directeur du Centre et artiste majeur béninois. Le musée a donc naturellement sollicité nombre de créateurs pour revisiter les récades à la manière des pièces classiques qui permettaient de saisir la personnalité du souverain fon représenté.

Une conversation fructueuse entre les récades anciennes et actuelles
Les artistes béninois reconnus comme le plasticien Aston ou Gérard Quenum, tout comme la jeune garde prometteuse tel le styliste de l'upcycling Prince Toffa ou le sculpteur engagé Richard Korbiah ont ainsi offert au musée leurs récades contemporaines. Ces dernières révèlent le regard que ces artistes portent sur leur mémoire collective et sur les principales préoccupations sociétales. Face à la récade royale zoomorphe du requin, symbole héraldique du roi Béhanzin du 19e siècle, ou celle en ivoire surmontée d'une tête de lion, image de son père le roi Glélé, les sceptres contemporains témoignent de la richesse et de la permanence de la culture d'Abomey. Le céramiste franco-béninois King Houdekpinkou explique avoir voulu « revisiter son histoire grâce au pouvoir de la création et au devoir de mémoire ». La récade de Rémy Samuz est dominée par un lion rugissant, hommage au roi Glélé qui a fait face aux assauts des européens. Azebaba a souhaité évoquer la pratique du vodun au travers de sa récade. Edwige Aplogan a choisi de créer un sceptre pour le roi Adandonzan. Ce roi fon du début du 18e siècle est dépeint comme un tyran sanguinaire. Son souvenir a heurté la mémoire collective au point que son nom soit effacé de l'historiographie du royaume. Choix du syncrétisme pour Benjamin Deguenon qui a rassemblé Héviosso, la divinité du ciel et de la pluie, une croix chrétienne et un autel assen qui matérialise l'esprit du défunt. Enfin Dominique Zinkpè a illustré la devise de sa propre famille : « On ne foule pas du pied un serpent sans risquer de se faire mordre ». Ironique, la récade en verre soufflé cristallin rappelle que même si le pouvoir est étincelant, il n'en demeure pas moins fragile.

Lire sur: http://afrique.lepoint.fr/culture/la-scene-artistique-beninoise-rend-hom...

Commentaires facebook