Samedi 24 Février 2018

Tunisie : le couffin de la colère

Tunisie : le couffin de la colère
(Le Point 13/01/18)

Ça ne trompe pas. Passé 20 heures, les rues sont étrangement vides. Le mauvais temps, pluie et froid sur Tunis, n'explique pas tout. Les voitures ont quasiment disparu des trottoirs. Les violences nocturnes qui ont agité les quartiers sensibles (notamment les cités qui bordent la capitale) font craindre le vandalisme. Alors, on a rangé sa voiture. Comme à chaque soubresaut. Les mois d'hiver sont souvent socialement meurtriers en Tunisie. 1978, 1984, 2008 puis l'apothéose de 2011 avec la fuite du dictateur Ben Ali. C'était un 14 janvier. Aujourd'hui, à 48 heures du septième anniversaire de la révolution, une Tunisie s'est de nouveau enflammée. Pour des raisons similaires à 2011, mais dans un contexte différent. Les raisons ? Un chômage de masse : 15,3 % de la population, un tiers des diplômés sans emploi. Une inflation exponentielle : + 6,4 %. Elle dépassera les 8 % en 2018, selon les experts. Le dinar ne cesse de dévisser : il a perdu 40 % de sa valeur. Un euro s'échange pour 2,92 dinars. La pauvreté concerne près de 20 % de la population. Et l'absence d'espoir tutoie des sommets incandescents. Une absence d'espoir qui se traduit en chiffres dans les tentatives de migrations vers l'Europe. Ce phénomène touche également les milieux aisés avec la fuite des cerveaux.

Visages éteints dans les cafés tristes
Dans les estaminets des cités populaires qui ceinturent Tunis comme dans les bourgades intérieures, on ne peut qu'être frappé par les visages figés des hommes, jeunes ou vieux. Comme en attente de quelque chose. On fait traîner le café à 800 millimes (30 centimes d'euro) toute la journée. On patiente. « On est en stand-by de sa vie », racontait un garçon de 20 ans à Bir Ali, quelques jours après la mort de migrants venus de ce village. S'ils sont unanimes à constater que la crise économique fait des ravages, le contexte n'est pas le même. Depuis sept ans, on vote en Tunisie. Librement. Le bulletin de vote est censé remplacer le pavé. Mais, pour de nombreux citoyens, la situation n'est plus acceptable.

Wassila, 47 ans, est femme de ménage. Elle grappille 30 dinars par journée de travail. Elle ne s'en sort pas. D'un naturel tempéré, cette veuve constate qu'avec « la hausse du sucre, de l'huile, des tomates, des loyers, c'est impossible de vivre décemment ». Un avis partagé par la très grande majorité de la population, qui attend des solutions. Tous les regards sont tournés vers les téléviseurs, toutes les oreilles écoutent les radios. Pour l'heure, après quatre jours et quatre nuits de manifestations et de violences sporadiques, on attend une réponse du chef du gouvernement ainsi qu'une prise de parole du président de la République, Béji Caïd Essebsi. Si, constitutionnellement, celui-ci n'est pas chargé des affaires économiques, son rôle politique est crucial. Il peut provoquer une nouvelle donne. Youssef Chahed, le chef du gouvernement, a déploré les pillages, s'est affiché auprès des militaires et des sécuritaires. Plusieurs ministres vont se réunir avec la société civile afin d'écouter et de tenter de remédier à la situation. Pas si simple.

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