Jeudi 22 Février 2018

RD Congo : et si le pape François s'en mêlait

RD Congo : et si le pape François s'en mêlait
(Le Point 14/02/18)
Le pape François et Mgr Fridolin Ambongo Besungu, nouvel archevêque coadjuteur de Kinshasa en RDC, nommé le 6 février 2018.

« Fridolin Ambongo, c'est Laurent Monsengwo en plus jeune et en plus intransigeant », dit un responsable de la Curie au Vatican qui l'a longtemps côtoyé. L'actuel archevêque de Mbandanka-Bikoro dans la province de l'Équateur a été nommé par le Vatican, mardi 6 février, archevêque coadjuteur de Kinshasa, c'est-à-dire auxiliaire dans le jargon pontifical, et donc successeur désigné du cardinal Laurent Monsengwo, conformément au canon 403 du Code de droit canonique, à la tête de l'archevêché de Kinshasa mais également comme membre du C9, un comité de neuf cardinaux que le pape consulte tous les trois mois pour gouverner l'Église.

Fermeté et autorité
Né le 24 janvier 1960 à Boto, une commune de la ville de Gbadolite dans le nord-ouest de la RDC, à la frontière centrafricaine, Mgr Fridolin Ambongo Besungu n'est pas un inconnu – loin s'en faut – pour les Congolais. Après des études de philosophie et de théologie à Kinshasa, il poursuit son cursus à Rome où il soutient une thèse de doctorat intitulée « La réhabilitation de l'humain, base du développement vrai au Zaïre » et entre dans l'ordre des frères mineurs capucins avant d'être ordonné prêtre en 1988, puis évêque en 2005. Élu à la tête de plusieurs diocèses, il est bientôt désigné président de la commission justice et paix de la Cenco, l'organe « politique » de l'institution qui gouverne 35 millions de fidèles, avant d'en devenir, en juin 2016, le vice-président. Un poste stratégique et fortement exposé dans lequel il s'illustre à l'occasion de la négociation de l'accord dit de la Saint-Sylvestre, conclu le 31 décembre 2016 entre la majorité et l'opposition en RDC, dont il a été l'un des principaux artisans. « Sans sa fermeté et son autorité, l'accord n'aurait pu être conclu », concède un membre de la majorité présidentielle qui a pris part aux discussions à l'époque.

L'évêque, réputé pour son ton offensif et ses positions tranchées, en exige depuis fermement l'application par le pouvoir qui renâcle toujours à le faire. L'homme est en effet connu pour son franc-parler. En témoignent les propos tenus, après sa nomination, à la radio allemande Deutsche Welle. « Je continuerai la même mission que celle du cardinal Monsengwo », prévient Mgr Ambongo, car, poursuit-il, « l'alternance démocratique […] est un objectif pour l'ensemble du peuple congolais ». D'ailleurs, précise-t-il : « La question de la candidature du président Joseph Kabila ne se pose pas. Il a terminé son deuxième mandat constitutionnel et la Constitution est claire. Comment, dès lors, peut-on parler d'un nouveau mandat pour Monsieur Kabila ? » fait mine de s'interroger le prélat. Quant aux violences du pouvoir envers les croyants catholiques qui manifestent pacifiquement, « elles sont inacceptables », tempête-t-il. À ce sujet, début janvier, dans une autre interview à Radio Vatican, Mgr Ambongo avait déjà eu des mots très durs à l'endroit de Joseph Kabila et de son régime. « Si quelqu'un n'a pas de respect pour Dieu le Créateur, comment peut-il en avoir pour l'homme ? » avait-il déploré.

Très critique à l'égard du pouvoir
Pour se rassurer – peut-être – ou manipuler l'opinion – plus probablement –, les responsables de la majorité présidentielle en RDC ont tôt fait d'interpréter la nomination de Mgr Ambongo comme une nouvelle favorable au régime de Joseph Kabila, expliquant que le timing choisi n'était pas anodin, qu'il fallait y voir une sanction déguisée à l'encontre de Mgr Monsengwo à qui il serait reproché de trop vouloir s'immiscer dans la vie politique de son pays. Une analyse qui fait sourire jusqu'au Vatican. Et pour cause, d'une part, la désignation de son successeur était une demande expresse et répétée depuis plusieurs années de Mgr Monsengwo qui approche l'âge canonique de 80 ans ; d'autre part, c'est le cardinal Monsengwo lui-même, en tant que membre du C9, dont il est le seul Africain, qui a orienté le choix du pape vers Mgr Ambongo. « Rien dans la personnalité et le parcours de l'archevêque Ambongo ne laisse supposer que le ton de l'Église catholique vis-à-vis du pouvoir en RDC ne s'adoucisse », glisse un membre influent de la Cenco. Bien au contraire. En désignant Mgr Ambongo comme archevêque coadjuteur de Kinshasa, le pape François adresse un message de fermeté à l'endroit de Joseph Kabila.

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