Vendredi 15 Décembre 2017

« Le Rwanda doit être tenu pour responsable de son usage de la torture »

« Le Rwanda doit être tenu pour responsable de son usage de la torture »
(Le Monde 23/11/17)
Le président rwandais Paul Kagame

Pour Human Rights Watch, « passages à tabac, électrochocs et simulacres d’exécution » infligés par l’armée sèment la peur chez de nombreux Rwandais. Jeudi 23 et vendredi 24 novembre, le Rwanda est à l’ordre du jour d’une séance ordinaire du Comité contre la torture des Nations unies, un organe chargé de surveiller la manière dont les pays appliquent la Convention internationale contre la torture. Ce sera l’occasion pour les experts indépendants du comité d’interpeller le gouvernement rwandais sur sa propre mise en œuvre du traité, ratifié par Kigali en 2008, et d’examiner des allégations selon lesquelles ce dernier viole la convention. Le comité va avoir du pain sur la planche.

Depuis au moins sept ans, l’armée rwandaise a fréquemment arrêté, détenu et torturé des individus, leur faisant subir toutes sortes de mauvais traitements : passages à tabac, asphyxie, électrochocs et simulacres d’exécution. En octobre, Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport documentant ces abus commis dans des camps militaires situés autour de Kigali et dans le nord-ouest du pays. La plupart des détenus avec qui nous nous sommes entretenus étaient maintenus au secret, c’est-à-dire sans contact avec leur famille, leurs amis ni un avocat. Beaucoup d’entre eux étaient ainsi détenus depuis des mois. La plupart étaient des civils soupçonnés de collaborer avec des groupes armés, bien que certains étaient d’anciens miliciens.
« J’ai cru que j’allais mourir »

Des détenus ont été torturés dans l’objectif de leur extorquer des aveux ou des accusations à l’encontre d’autres personnes. Ernest*, l’un des anciens détenus que nous avons interrogés, a expliqué comment des militaires l’avaient torturé à Kami, un camp bien connu situé près de Kigali. Il a expliqué qu’on lui avait demandé d’avouer appartenir aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé réputé pour avoir commis des abus dans la République démocratique du Congo (RDC) voisine et dont certains membres ont participé, en 1994, au génocide au Rwanda.

Ernest a affirmé que, face à son refus d’admettre cette appartenance, les militaires ont « apporté un sac en plastique, mis la tête dedans et commencé à me questionner. Au bout de quelques minutes, quand ils ont vu que j’étouffais, ils ont cessé ». Il a ajouté qu’ils lui avaient fait à nouveau subir ce simulacre d’asphyxie à quatre reprises, jusqu’à ce qu’il fasse ses besoins sur lui. « J’ai cru que j’allais mourir », nous a dit Ernest.

Dans des dizaines de cas, d’anciens détenus ont indiqué qu’ils avaient fini par dire à leurs tortionnaires ce que ces derniers voulaient entendre, pour que cessent ces souffrances. Certains détenus ont été remis en liberté après avoir été retenus pendant des semaines, voire des mois, dans les camps militaires. Mais beaucoup d’autres ont été transférés dans des prisons civiles, puis jugés. Les aveux qui leur ont été extorqués ont été utilisés à charge.

Lorsque les accusés ont décrit les tortures et la détention illégale qu’ils avaient subies avant leur transfert dans les prisons civiles, les juges et les procureurs ont rejeté leurs allégations, alors qu’ils auraient dû ordonner l’ouverture d’enquêtes. Un juge a dit à l’une des victimes : « Ne revenez pas sur [cette question de] la torture. Vous n’avez aucune preuve. » Telle a été la réponse habituelle à ceux qui ont osé s’exprimer devant le tribunal.

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