Lundi 23 Octobre 2017

Le Maroc à la Cédéao, une adhésion loin de faire l’unanimité

Le Maroc à la Cédéao, une adhésion loin de faire l’unanimité
(Le Monde 13/10/17)
Le roi marocain Mohamed VI

Les milieux d’affaires ouest-africains redoutent que la présence de Rabat au sein de l’institution n’ouvre une brèche sur leur marché aux produits européens. 1er octobre 2017, à Yamoussoukro, la capitale ivoirienne. Le Groupe initiative Afrique (GIA), un cercle de réflexion présidé par l’ancien premier ministre ivoirien Charles Konan Banny, conclut sa quatrième conférence internationale sur le thème de « l’intégration régionale en Afrique ».

Un sujet s’est progressivement imposé lors des échanges débutés quarante-huit heures plus tôt : la future adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Une entrée pour laquelle le royaume chérifien a obtenu « un accord de principe » lors du 51e sommet de la Cédéao à Monrovia (Liberia) le 4 juin et qui, même si elle avait créé la surprise sur le coup, était ensuite presque tombée dans l’oubli. Une décision simple, acceptée de tous, au Maroc comme dans les pays ouest-africains, et qui passerait presque comme une lettre à la poste.

A Yamoussoukro pourtant, parmi la soixantaine de personnalités présentes, la question ne fait pas l’unanimité, loin de là. Les participants, soumis aux règles dites de Chatham House (qui consiste à s’engager à ne pas révéler l’identité des autres participants) viennent de toute l’Afrique de l’Ouest mais aussi du Cameroun, d’Afrique du Sud ou du Canada, et de tous les secteurs (société civile, secteur privé, administration, diplomatie…). D’un côté les « pour », qui mettent en avant « la valeur ajoutée du Maroc, sixième puissance continentale, qui renforcera le poids économique de la Cédéao », « l’expérience du Maroc aux niveaux sécuritaire, universitaire, industriel », « les relations bilatérales historiques et très fortes qui existent déjà entre le Maroc et de nombreux pays ouest-africains ». « Le Maroc est déjà dans nos Etats, dans nombre de secteurs, comme les assurances, les banques, l’industrie pharmaceutique, le BTP », argumente un participant.

Premier partenaire commercial du Maroc

Le Maroc « est déjà dans “nos” Etats ». Presque un euphémisme, à l’aune de la récente offensive chérifienne de ces dernières années en Afrique de l’Ouest. Selon le rapport 2017 de l’Office des changes du Maroc (une entité du ministère de l’économie et des finances), l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Maroc en Afrique subsaharienne. « Les exportations du Maroc à destination de l’Afrique de l’Ouest ont triplé depuis 2008, passant de 3,2 milliards de dirhams à 10,2 milliards de dirhams en 2016 [de 290 millions d’euros à 900 millions d’euros] », précise le rapport. Entre 2011 et 2015, les investissements directs marocains en Afrique de l’Ouest ont quant à eux quintuplé, passant de 295 millions de dirhams à 1,6 milliard de dirhams, avec de fortes progressions en Côte d’Ivoire et au Mali, notamment. Des investissements portés par des entreprises telles que Maroc Telecom, Attijariwafa Bank, BMCE Bank, Royal Air Maroc, mais aussi un secteur agro-industriel très puissant.

De l’autre côté, les « sceptiques » pour qui cette demande d’adhésion doit être plus attentivement analysée, étudiée. « Si on ne nous demande pas notre avis, ni à nous ni aux Marocains d’ailleurs, par référendum, que l’on demande au moins leurs avis à nos représentants, aux Parlements nationaux », avance une femme d’affaires ouest-africaine. Les questions s’enchaînent : « Pourquoi tant de précipitation ? », « Et après le Maroc ? L’Algérie, la Tunisie ? La Cédéao a-t-elle vocation à autant s’étendre ? », « La Cédéao qui est déjà un bloc fragile, n’a-t-elle pas d’autres priorités, d’autres défis structurels à régler au préalable ? », « Après la France, la Chine, les pays ouest-africains, ne sont-ils pas, à travers le Maroc, à la recherche d’un énième sauveur ? ». C’est donc peu dire que l’imminente adhésion du Maroc fait débat.

En creux, une évidence : le manque d’informations disponibles sur le processus même d’adhésion à la Cédéao et ses conséquences, dont son impact économique sur les pays déjà membres de l’organisation.

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