Lundi 18 Décembre 2017

Dans l’ouest de la Côte d’ivoire, une terre trop convoitée

Dans l’ouest de la Côte d’ivoire, une terre trop convoitée
(Le Monde 08/12/17)
Dans l’ouest de la Côte d’ivoire, une terre trop convoitée

Dans cette région productrice de cacao, première source de richesse du pays, les tensions sont avivées par les rivalités foncières et l’absence de justice.

C’est l’histoire d’un conflit sans fin, où se forgent et se lisent les lignes de fracture de la société ivoirienne. Il se déroule dans l’ouest du pays, à près de 500 km de la capitale économique, Abidjan. Une nouvelle série d’affrontements, entre mi-septembre et début novembre, a fait craindre le pire une fois de plus. Bilan officiel, selon les autorités locales : onze morts. Bilan officieux, selon les acteurs de la société civile : seize morts. Quant aux nombres de blessés, de viols et de déplacés, ils donnent lieu à d’interminables querelles de chiffres.

C’est sur l’« axe » traversant la région du Cavally, autrement dit, la route principale reliant Guiglo et Bloléquin, que se mesurent les haines recuites et les rancœurs nouvelles. Entre les grandes villes de la zone, une vingtaine de villages. Au sud attenant, l’une des 231 forêts classées de Côte d’Ivoire, la forêt du Goin-Débé. Une étendue de 133 000 hectares appartenant au domaine privé de l’Etat, « dégradée à 90 % » selon les termes mêmes du ministre ivoirien des eaux et forêts, Alain-Richard Donwahi. « Dégradée », c’est-à-dire composée de plantations. Riz, fruits et légumes, café, hévéa mais, surtout, cacao. Un véritable or vert au cœur de toutes les convoitises.
De la méfiance aux affrontements

A Ziglo, un village planté au milieu du fameux axe, il est 16 heures, et pour le chef du village et quelques proches, le goûter se compose uniquement de koutoukou, l’alcool local. Taciturne, le vieux chef ne souhaite pas s’exprimer, en appelle aux jeunes du village, plus prolixes. « Cette terre et ses forêts sont celles de nos aïeux, celles du peuple Wê », déclare l’un d’eux, en prenant soin de taire son nom.

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