Jeudi 22 Février 2018

Bénin - José Pliya : « Ne plus se limiter au tourisme mémoriel »

Bénin - José Pliya : « Ne plus se limiter au tourisme mémoriel »
(Le Point 14/02/18)
La Grande Mosquée de Porto-Novo, au Bénin, fait partie des monuments béninois qui valent le détour.

Au Bénin, le secteur du tourisme ne représente que 0,7 % du PIB, autant dire une goutte d'eau dans le paysage touristique mondial. Loin d'être une fatalité, ce petit pays d'Afrique de l'Ouest connu pour être le berceau du vaudou a décidé d'inverser la tendance. Ici pas d'incantation, le président Talon est allé chercher l'homme de lettres et de théâtre, le metteur en scène José Pliya. Ce mardi après-midi de Paris où nous le rencontrons, l'homme apparaît confiant dans sa tâche. Tel un dramaturge, il sait déjà qu'il va devoir puiser dans le passé douloureux de l'ancien Dahomey, terre d'esclavage, où se confondent, s'entrecroisent et parfois s'entrechoquent plusieurs siècles d'histoire et de traditions qui restent encore très méconnus particulièrement à l'extérieur. Celui dirige l'Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT) nous a raconté d'une voix très posée une partie de cette histoire qu'il souhaite réhabiliter et qui dépasse le seul aspect du tourisme mémoriel. Il se fait le devoir de rendre le Bénin hospitalier, alors que le pays regorge d'une part de mystères à nul autre pareil.

Le Point Afrique : Comment est-ce qu'on fait pour attirer les touristes vers une destination comme le Bénin ?

José Pliya : Il faut bien sûr des grands projets, c'est nécessaire pour structurer la destination Bénin sur le plan touristique. C'est un pays qui n'a pas de pétrole ni de ressources naturelles. Mais il y a ces trésors incroyables que sont les patrimoines du Bénin, lesquels en font l'une des destinations les mieux notées par les observateurs depuis des années. L'Agence nationale de promotion du patrimoine et du tourisme a quatre missions principales. La première, c'est de trouver une identité à la destination Bénin, car on ne sait pas aujourd'hui quelle est notre place dans l'océan du tourisme mondial. On ne sait pas aujourd'hui pourquoi on va au Bénin, et d'ailleurs qui va au Bénin. Des milliers de touristes, certes, mais il y a urgence à déterminer une identité.
Vous parlez beaucoup d'identité, en quoi est-ce une notion importante pour le tourisme ?

En fait, on peut dire que l'identité du Bénin est déjà dessinée dans ses grandes lignes. Car, si on met le balnéaire et le safari à part, qui sont des points forts, mais ce ne sont pas nos points les plus forts, il y a d'autres pays qui sont mieux placés que nous. Il y a un domaine sur lequel nous sommes vraiment forts, c'est l'histoire et la culture. Grâce notamment aux rois d'Abomey qui ont structuré l'histoire de ce pays de deux façons : d'abord par le commerce de l'esclavage sur trois siècles et le vodoun, la religion endogène. Or, voilà une religion qui regorge de cultures extraordinaires et qui peut nous apporter beaucoup, mais qui souffre d'une image négative héritée de la colonisation, du christianisme et de toutes les autres religions qui ont voulu la dénigrer. Cette image négative s'est encore amplifiée quand le vaudou s'est exporté en Haïti et a été caricaturé par le cinéma hollywoodien. C'est en cela qu'il est question d'identité, c'est l'image qu'on renvoie.

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