Mercredi 13 Décembre 2017

Algérie : une élection locale pas comme les autres

Algérie : une élection locale pas comme les autres
(Le Point 23/11/17)

L'impossibilité de ne pas penser à son impact sur la présidentielle d'avril 2019 donne à cette élection locale une dimension particulière. Rue Didouche-Mourad, artère principale de l'hyper-centre d'Alger : deux panneaux d'affichage électoral résument l'attitude des Algérois vis-à-vis des élections locales de jeudi prochain.
Jeunes dans la campagne

L'un des panneaux est par terre, « détruit par des jeunes du quartier qui se sont acharnés sur les affiches », explique Nabil, un riverain, désabusé. « C'est normal, ils ne croient plus aux promesses des candidats », ajoute-t-il. Le second panneau est intact : « Là, ce sont d'autres jeunes qui se sont interposés contre leurs propres voisins du même âge. »

« Les jeunes du quartier sont impliqués dans la campagne électorale, ils gagnent un peu d'argent pour assurer les permanences de partis, coller des affiches… et surtout tisser des liens avec les futurs élus, pour être récompensés plus tard », confie cet Algérois. Ainsi sont rythmées les journées (et les nuits) de cette campagne électorale pour élire les 1 541 conseils communaux et de wilayas (préfectures, au nombre de 48) : entre défiance – ou, au moins, indifférence – et intérêt.

Cela dit, au-delà des considérations électorales proprement dites, au-delà de la proximité des enjeux dans un pays où on vote aussi pour la famille, sinon pour la tribu, ces locales dévoilent trois tendances lourdes de la politique algérienne, un instantané de ce qui va se jouer en avril 2019, date de la prochaine présidentielle, les scénarios de succession, ou pas, du président Abdelaziz Bouteflika.
La guéguerre des frères ennemis FLN-RND

D'abord, comme ce fut le cas lors des législatives de mai 2017, l'hostilité à peine voilée reste de mise entre Djamel Ould Abbès, secrétaire général du parti présidentiel (et majoritaire), le FLN, et Ahmed Ouyahia, Premier ministre et patron du RND, créé en 1997 pour asseoir une majorité présidentielle à Liamine Zeroual face à un FLN contestataire à l'époque. « Seuls Dieu et le FLN savent qui sera le président en 2019 », « le nom du prochain président est dans ma tête », « le prochain président sera du FLN » : le patron du FLN, l'ex-parti unique, a profité des meetings et des interviews, lors de la campagne électorale qui s'est achevée ce dimanche, pour asséner des messages très clairs. Nul salut en dehors de Bouteflika ! Il ira même jusqu'à déclarer sur une chaîne de télé privée : « Mais qui d'autre que le président Bouteflika pouvons-nous présenter comme candidat pour 2019 ? » Ahmed Ouyahia, qui semble avoir entendu le message cinq sur cinq, préfère taire ses ambitions et défend mordicus le « programme du président ». Sur un plateau télévisé, il affirme, dans les derniers jours de la campagne, que son parti, le RND, soutiendra un cinquième mandat du chef de l'État si Bouteflika venait à présenter sa candidature. Aurait-il la paix pour autant ? Rien n'est moins sûr.
Un désaveu pour les partis traditionnels

La tendance mondiale de défiance envers les partis politiques traditionnels se confirme en Algérie depuis au moins les législatives de 2012 qui ont vu d'abord de jeunes partis gagner l'adhésion des électeurs et de militants déçus. Cette dynamique a fini par déboucher sur une plus grande affluence vers les candidats indépendants, surtout dans les petites et moyennes villes, notamment les plus éloignées du centre de décisions algérois. Ces listes indépendantes sont issues des rangs de dissidents de partis mais aussi de représentants de la société civile.

Longtemps otages des apparatchiks locaux, des partis du pouvoir ou de cadres de l'opposition trop « colorés » idéologiquement, les instances élues locales sont convoitées par de jeunes cadres du cru : toute une jeunesse d'universitaires et/ou d'entrepreneurs qui ne comprennent pas pourquoi la gestion de leurs mairies ou de leurs wilayas est confiée à des candidats parachutés par la direction centrale du parti à Alger.

« Au début, les partis draguaient les présidents d'associations, les sages-femmes ou les universitaires, les jeunes, etc., tous ceux qui avaient une bonne réputation dans leurs quartiers », explique Fatah, élu sans étiquette dans une grande ville du Sud. « Mais, une fois embrigadé dans ces partis, tu n'avais plus de marge de manœuvre, tout se décidait à Alger. Ici, on nous demandait d'être des faire-valoir. » Dans certaines régions, notamment dans le Sud saharien, un tiers des listes est constituée d'indépendants.

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