Vendredi 24 Novembre 2017

« Alassane Ouattara et Guillaume Soro, de complices à duplices ? »

« Alassane Ouattara et Guillaume Soro, de complices à duplices ? »
(Le Monde 21/10/17)
« Alassane Ouattara et Guillaume Soro, de complices à duplices ? »

Entre le chef de l’Etat ivoirien et le président de l’Assemblée nationale, l’heure de vérité approche : chacun devra abattre ses dernières cartes et sortir de l’ambiguïté.

Depuis cette nuit de septembre 2002, où un groupe de putschistes tenta, sans succès, de renverser le pouvoir de Laurent Gbagbo à Abidjan, la question n’a jamais cessé de brûler les lèvres de nombreux Ivoiriens, et de les diviser tout autant : Alassane Dramane Ouattara (ADO) était-il de mèche, cette fameuse nuit, avec les hommes dirigés par Guillaume Soro ? Autrement dit, les rebelles faisaient-ils le « sale boulot » pour « ADO », écarté de la course présidentielle en 2002 pour cause de « défaut d’ivoirité » ?

Nombreux sont ceux qui, sur les bords de la lagune Ebrié, sont persuadés de l’existence, depuis le début, d’un deal caché entre ces deux personnalités. Pourtant, la relation entre deux hommes si différents, et que seule une même soif de pouvoir rapproche, est bien plus complexe que cela. A bien des égards, elle s’apparente à un théâtre d’ombres dont l’épilogue approche, comme tend à le prouver à l’arrestation récente d’un proche de Guillaume Soro. Souleymane Kamaraté Koné, son chef de protocole à l’Assemblée nationale, est accusé par la justice ivoirienne d’avoir dissimulé six tonnes d’armement à son domicile de Bouaké et d’en avoir obligeamment fourni une partie à des mutins, il y a quelques mois.
L’impétrant

Rien n’est simple, en vérité, dans cette histoire ivoirienne. Rappelons, pour commencer, qu’à la surprise générale, en mars 2007, Guillaume Soro signait les accords de Ouagadougou avec Laurent Gbagbo, avant de devenir son premier ministre. Le « meilleur » qu’il eût sous son autorité, dit même un jour l’ancien président, avec son sens consommé de l’humour mâtiné de perfidie.
A l’issue de la présidentielle tant attendue de la fin 2010, on se souvient que Guillaume Soro choisit son camp : il remit sa démission de premier ministre à Laurent Gbagbo, avant d’être immédiatement nommé… premier ministre par Alassane Ouattara. Et si Laurent Gbagbo avait gagné le scrutin à la régulière, quel choix Guillaume Soro, un animal politique à sang froid, aurait-il fait ? Peut-être bien que l’impétrant serait toujours à la tête du gouvernement.

Durant la crise post-électorale, les rôles furent bien répartis entre les deux hommes : à Alassane, le gouvernail politique, les tractations avec la communauté internationale pour tenter de débloquer la situation. A Guillaume, l’action concrète pour s’extirper de la « cage dorée » de l’hôtel du Golf, où se terraient Ouattara et ses partisans, et pour bouter Gbagbo hors de la résidence présidentielle de Cocody où il s’était retranché. La force, « c’est Guillaume qui gère », disait alors un proche d’ADO. A la tête de ses « com zones » (chefs rebelles), il parvint à ses fins, mais avec l’aide providentielle des forces françaises et de l’ONU à Abidjan pour capturer le président sortant et mettre ainsi fin à la pire crise qu’avait connue le pays en un demi-siècle d’indépendance.
Pas du sérail

En vertu de ses bons et loyaux services, Guillaume Soro attendait, après la réforme constitutionnelle de 2016 un poste de vice-président, pour mieux se positionner comme le dauphin putatif d’ADO. Il attend toujours. Et commence sérieusement à s’impatienter. Mais Guillaume Soro le sait : aux yeux des caciques du Rassemblement des républicains qui brûlent d’ambition de succéder au président actuel, il n’est qu’un accident de l’Histoire, qu’ils voudraient bien archiver définitivement. Soro n’est pas du sérail ni issu d’une vieille famille de l’aristocratie du nord du pays. Bref, il n’est pas du même monde.

Le pouvoir, Soro doit aller le chercher « avec les dents », et en se salissant les mains. Ses hommes sont responsables de nombreuses exactions et, à ce titre passibles de poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI). Au fond, il n’est guère surprenant qu’il ait gardé des stocks d’armements sous le boisseau, à Bouaké ou à Korhogo. La peur qu’on inspire, c’est aussi une arme politique.
Après des années de clair-obscur, l’heure de vérité, donc, approche entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Il faudra bien que chacun abatte ses cartes, et sorte de l’ambiguïté, forcément à ses dépens. Et l’on verra alors que la complicité supposée entre les deux hommes n’était peut-être que duplicité.

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