Dimanche 18 Février 2018

Afrique du Sud : Zuma persiste et signe

Afrique du Sud : Zuma persiste et signe
(Le Point 14/02/18)

Jacob Zuma a donc choisi, il sortira par la petite porte. L'interview qu'il a donnée à la South African Broadcasting Corporation (SABC) aujourd'hui est à peine croyable. « Qu'est-ce que j'ai fait ? Quelles sont les raisons qui motivent mon rappel ? » fait-il mine de s'étonner. Une fois de plus, il refuse de démissionner. Ne lui en déplaise, lui qui pensait qu'il tiendrait encore des mois, il n'en a plus que pour quelques heures. En effet, ce matin, lors d'une conférence de presse, Paul Mashatile, le trésorier général du Congrès national africain (ANC), a confirmé qu'une motion de défiance contre le président serait débattue dès demain jeudi au Parlement s'il ne démissionnait pas. L'idée est que Zuma soit démis de ses fonctions pour que le chef de l'ANC, Cyril Ramaphosa, soit dans la foulée élu président de la République. C'est bien l'un des dénouements les plus humiliants pour Zuma qui s'annonce, largement dû à son entêtement.

Comment en est-on arrivé là ? Jacob Zuma, à la tête de l'ANC depuis 2007 et président de l'Afrique du Sud depuis 2009, traîne d'innombrables scandales de corruption. Ou plutôt trop bien dénombrés : 783 chefs d'accusation, par exemple, dans un scandale de vente d'armes dans les années 1990, avant d'offrir sur un plateau d'argent une part énorme de l'économie sud-africaine aux Gupta. L'onde de choc qui a suivi les GuptaLeaks n'a pas fini d'ébranler le pays, comme le prouvait l'arrestation de trois personnes chez les Gupta à Johannesburg ce matin. De quoi compromettre sérieusement, en écornant son image, les chances de l'ANC aux prochaines élections générales de 2019. Le président étant élu par le Parlement, où le parti est majoritaire, il perdrait aussi sa capacité à le choisir dans ses rangs.

Discours annuel du président
En décembre 2017, lorsque l'ANC élit le successeur de Zuma, la bataille est féroce. Elle oppose le vice-président du parti, Cyril Ramaphosa, à l'ex-femme de Jacob Zuma, Nkosazana Dlamini-Zuma. Le président sortant soutient son ex-femme pour une raison simple : elle garantirait son immunité judiciaire. Or, le 18 décembre, après un long suspense, c'est Cyril Ramaphosa qui sort gagnant. Le 4 février 2018 au soir, six hauts responsables de l'ANC, dont Ramaphosa, vont voir Zuma à Pretoria. Ils souhaitent que Ramaphosa devienne chef de l'État. Zuma, dont le deuxième mandat court jusqu'en 2019, refuse de partir. Deux jours plus tard, la présidente du Parlement, disant redouter des troubles, reporte le discours annuel du président devant les députés. « Traditionnellement, il ouvre la session parlementaire, il est important et fondateur. Pour l'ANC, c'était délicat de laisser Zuma le faire juste avant un remaniement », explique Victor Magnani, spécialiste de l'Afrique du Sud à l'Ifri. Si Ramaphosa est élu demain, comme le souhaite l'ANC, ce discours est d'ailleurs prévu pour vendredi.

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