Lundi 11 Décembre 2017

Accroché au contrôle de sa devise, le Maroc tente d’interdire le bitcoin

Accroché au contrôle de sa devise, le Maroc tente d’interdire le bitcoin
(Le Monde 23/11/17)

Les transactions en monnaie virtuelle dépasseraient les 200 000 dollars par jour dans le royaume. Rabat veut mettre fin au contournement de sa législation financière. Dans un pays où les opérations de change avec l’étranger sont étroitement contrôlées, l’arrivée des monnaies virtuelles n’est pas considérée comme une innovation porteuse d’espoir par les autorités financières. Lundi 20 novembre, l’Office national des changes du Maroc a annoncé l’interdiction des transactions en monnaie virtuelle, dont le bitcoin est la plus emblématique. Le gendarme marocain justifie sa décision notamment par la volatilité du cours de ces cryptomonnaies, jugées illégales.

En l’absence de cadre réglementaire sur les monnaies électroniques et malgré un régime de change très strict dans le royaume, plusieurs entreprises marocaines avaient commencé à accepter le bitcoin pour le paiement de leurs prestations. Le coup de sifflet des autorités marocaines est intervenu une semaine après qu’une société de services numériques, la MTDS, a informé ses clients qu’elle acceptait les paiements en bitcoins. L’annonce, qui a fait grand bruit dans la presse locale, a obligé les autorités à condamner officiellement la pratique.

« Financement du terrorisme »

« Les transactions effectuées via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation passible des sanctions et amendes prévues par les textes en vigueur », a tranché l’office marocain dans un communiqué, après avoir constaté « l’utilisation par certaines personnes physiques et morales des monnaies virtuelles dans la réalisation de leurs transactions financières ». Qualifiant les monnaies virtuelles de « système de paiement occulte », l’office des changes a rappelé que « toutes les transactions financières avec l’étranger doivent être effectuées via les intermédiaires agréés par les autorités et avec les devises étrangères cotées par Bank Al-Maghrib [la Banque centrale marocaine] ».

Le lendemain, les autorités monétaires ont également réagi dans un communiqué publié conjointement par le ministère de l’économie et des finances, Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), mettant en garde contre « certains articles parus récemment dans la presse nationale ». « Ces annonces sont de nature à semer la confusion dans l’esprit du public, en faisant croire que cette monnaie virtuelle est reconnue par les autorités monétaires », peut-on lire dans le communiqué. Les autorités ont également averti des risques liés au bitcoin, pouvant être utilisé « à des fins illicites ou criminelles, notamment le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ».

Les monnaies virtuelles, dont la plus célèbre est le bitcoin créé en 2009 – dont l’inventeur serait l’informaticien Satoshi Nakamoto –, ont été conçues comme une alternative aux monnaies encadrées par des banques centrales et aux marchés traditionnels. Sans existence physique, la monnaie virtuelle ne s’appuie pas sur la signature d’un Etat ou d’une institution et tire sa valeur de l’inviolabilité du protocole informatique qui l’a créée, la blockchain. Le bitcoin, dont le cours ne dépassait pas les 1 000 dollars au 1er janvier 2017, a atteint un niveau record de 8 300 dollars lundi.

Lire la suite sur: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/23/accroche-au-controle-de...

Commentaires facebook