Jeudi 25 Mai 2017

« Call of duty » : l’ombre de Savimbi

 
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En janvier 2016, trois enfants du chef rebelle angolais Jonas Savimbi ont porté plainte contre le jeu video « Call of duty » auprès du tribunal de Nanterre, considérant que leur père y est présenté sous les traits d’une « brute barbare ».
Pourquoi « Call of duty. Black Ops II » s’est-il intéressé à la guerre d’Angola ? Parce que cette guerre civile a été le théâtre oubliée d’une des plus importantes Black Ops (opération clandestine) de la CIA en Afrique durant la Guerre froide.

Le 11 novembre 1975, l’Angola obtient son indépendance après une guerre de libération commencée en 1961 contre le Portugal salazariste. Cette guerre a été menée par trois principales factions nationalistes : le FLNA (Front de Libération nationale de l’Angola), le MPLA (Mouvement populaire de Libération de l’Angola) et l’UNITA (Union nationale pour l’Indépendance totale de l’Angola).

Mais à la guerre d’indépendance succède aussitôt la guerre civile : face à la prise du pouvoir par le MPLA d’Agostinho Neto, organisation révolutionnaire marxiste, l’UNITA de Jonas Savimbi, puissant dans le Sud du pays, entre en rébellion contre le gouvernement. La guerre civile devient le principal front de la guerre froide en Afrique. Le bloc communiste soutient le MPLA, avec notamment l’envoi massif de troupes cubaines. Le bloc de l’Ouest soutient l’UNITA, en premier lieu à travers les services secrets américains (CIA) et français (SDECE) qui font de Savimbi, surnommé le Galo Negro (coq noir), leur champion anticommuniste.

Alexandre de Marenches, chef des services secrets français, ne cache d’ailleurs pas son affection pour Savimbi qu’il fait venir en France et qu’il vient visiter dans son maquis. L’agent de la CIA Alex Mason, héros du jeu video « Call of duty », croise au milieu d’un déluge de feu et de balle l’avatar numérique de Jonas Savimbi, béret rouge vissé sur la tête, qui, lance-grenades à la main, ordonne à ses hommes : « Il faut les achever ! » avant de grimper dans un blindé. La coalition pro-Savimbi est complétée par l’alliance avec le Zaïre anticommuniste de Mobutu (sauvé par le saut de la Légion sur Kolwezi en 1978) et l’Afrique du Sud, qui fait face aux États de la « ligne de front » qui dénoncent l’apartheid (Angola, Zambie, Zimbabwe, Mozambique). Kinshasa et Pretoria soutiennent militairement Savimbi.