Mercredi 20 Septembre 2017

Total en Angola, Areva au Niger : plus de 100 millions de dollars évaporés

Total en Angola, Areva au Niger : plus de 100 millions de dollars évaporés
(Le Monde 13/04/17)
Mine d'uranium d'Areva au Niger

Une étude publiée par Oxfam, ONE et Sherpa montre que le flou domine encore dans les comptes des industries extractives. Gaz, pétrole et uranium dans le secteur de l’énergie, métaux dans le secteur de la construction, terres rares dans celui des nouvelles technologies… Les ressources extractives représentent un enjeu géopolitique et économique majeur. Mais leur exploitation reste marquée par des pratiques de corruption et d’évasion fiscale, dont pâtissent en premier lieu les populations des pays fortement dotés en ressources minérales et naturelles. C’est la malédiction des ressources naturelles, qui entretient la pauvreté de pays virtuellement riches, et ce n’est pas nouveau.

La nouveauté, c’est que les entreprises pétrolières, gazières et minières enregistrées et/ou cotées dans un Etat membre de l’Union européenne doivent depuis l’an dernier publier chaque année les paiements effectués au profit des gouvernements dans lesquels elles ont des activités d’exploration et/ou d’exploitation. Et cela depuis la transposition en 2014 dans le droit français de deux directives (la directive comptable et la directive transparence) adoptées par le Parlement européen en 2013.

C’est sur la base de ces documents que les ONG Oxfam France, ONE et Sherpa, membres de PCQVP (« Publiez ce que vous payez ») ont publié, jeudi 13 avril, un rapport exclusif sur la transparence des entreprises extractives, avec un focus sur les activités de deux géants industriels français dans deux pays africains : le pétrolier Total en Angola et l’activité minière du groupe nucléaire Areva au Niger. Voici leurs principales trouvailles.
Total en Angola : où sont passés les 100 millions de dollars ?

Pour Total, l’Angola, premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et l’un des pays les plus pauvres du monde, est tout simplement sa deuxième source d’approvisionnement. Total y a notamment découvert le champ Girassol dans les années 1990, l’un des sites offshore les plus prometteurs en eaux profondes, situé sur le Bloc 17, le plus grand d’Angola (35 % de la production nationale), où le pétrolier français opère en partenariat avec Exxon Mobil, Statoil et BP.

Ce sont les déclarations de Total relatives au Bloc 17 pour l’exercice 2015 qui ont intéressé les auteurs du rapport.

Depuis de nombreuses années, la gestion des revenus issus du pétrole angolais est marquée par une corruption endémique. Le Fonds monétaire international déplorait ainsi une perte de 4,2 milliards pour les comptes publics entre 2007 et 2010, potentiellement liée à un détournement de la Sonangol, la compagnie pétrolière étatique. Depuis, Luanda a pris des mesures de transparence pour lutter contre ce fléau.

Pourtant, l’étude montre comment les données financières déclarées par les autorités angolaises sur le Bloc 17 en 2015 diffèrent de plus de 100 millions de dollars avec celles fournies par Total. Un écart qui pourrait s’expliquer par une compréhension différente des données à publier, un détournement de la part de la compagnie pétrolière angolaise, ou par la mise en place par Total d’un système destiné à payer moins d’impôts en Angola.

En l’absence de données complètes, les auteurs du rapport ont en effet fait leur propre comparaison d’où il ressort une différence de quelque 1 465 990 barils entre les données divulguées par le rapport financier de la Sonangol et celui de Total.

Comment expliquer une différence du nombre de baril entre les déclarations des autorités angolaises et les estimations issues des données de Total ? L’étude n’apporte pas de réponse ferme. Elle recommande à Total de publier le nombre de barils de pétrole que l’entreprise verse réellement au titre des accords de partage avec l’Angola, une exigence prévue par les directives européennes mais qui n’a pas été transposée en droit français. La multinationale française devrait également publier le volume de ses bénéfices réalisés en Angola.

En l’état, l’écart noté de plus de 100 millions de dollars interroge et serait d’autant plus condamnable s’il devait révéler des pratiques illicites dans un pays où près d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

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