Samedi 21 Octobre 2017

Guinée : « Les citoyens préfèrent se rendre justice eux-mêmes »

Guinée : « Les citoyens préfèrent se rendre justice eux-mêmes »
(Jeune Afrique 12/08/17)
Photo d'illustration

Lynchages publics, immolations par le feu, mutilations... les Guinéens se rendent de plus en plus justice eux-mêmes. En cause, le manque de crédit qu'ils accordent à leur justice. Le procureur général près de la Cour d'appel de Kankan (Est), Me William Fernandez, insiste sur la nécessité d'une sensibilisation massive sur la question.

Jeune Afrique : Les vindictes populaires meurtrières ont toujours existé en Guinée. Mais on a l’impression que le phénomène s’accroît…

William Fernandez : Il prend effectivement de l’ampleur. D’une manière générale, les citoyens préfèrent se rendre justice eux-mêmes. C’est devenu une véritable problématique sociétale. Dès qu’elle soupçonne qu’un crime a été commis en son sein, le premier réflexe de la population est de régler elle-même ses comptes. Dans cette furie, des individus sont sauvagement battus ou brûlés.

Citons quelques exemples…

Les cas sont divers. Fin 2015 à Kouroussa, à 85 km à l’ouest de Kankan, une foule en colère a pénétré dans la prison sans que les surveillants, débordés, ne leur opposent de résistance, pour s’emparer de prisonniers suspectés du meurtre d’un chercheur d’or. Ils ont été battus et brûlés vifs.

Cela a pris des proportions inquiétantes dans la préfecture de Siguiri, située à la frontière malienne et connue pour ses nombreux orpailleurs traditionnels. Il y a moins d’un an, la population recherchait le meurtrier d’un chauffeur de moto-taxi. Au même moment, deux jeunes, interpellés pour un autre crime, étaient acheminés vers la prison par les forces de l’ordre. Pensant tenir les coupables, les habitants les ont attaqués et brûlés, là aussi.

Cas plus grave encore à Faranah, à 200 km à l’ouest de Kankan : un automobiliste employé d’une ONG a percuté un bœuf et demandé à un enfant dans les parages de le conduire jusqu’au propriétaire de la bête. Un témoin de la scène a couru raconter à tout le monde dans la cité que l’enfant a été enlevé. L’automobiliste a fini assassiné dans des conditions barbares.

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