Jeudi 23 Novembre 2017

Comment le nouveau président angolais tente de s’affranchir du clan dos Santos

Comment le nouveau président angolais tente de s’affranchir du clan dos Santos
(Le Monde 02/11/17)
Le président angolais Joao Lourenço

Joao Lourenço a pris des mesures défavorables aux intérêts de son prédécesseur et a annoncé des réformes institutionnelles et économiques. En Angola, le changement pourrait bien venir d’un vieil apparatchik du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti au pouvoir depuis l’indépendance. Après trente-huit ans de règne de José Eduardo dos Santos, son successeur, Joao Lourenço, un général à la retraite de 63 ans, a été investi, le 26 septembre, troisième président angolais. Moins d’un mois plus tard, il crée la surprise lorsqu’il prononce son premier discours à la nation. D’une voix monocorde, « JLo » a fustigé le 16 octobre la corruption et présenté d’ambitieuses réformes institutionnelles visant à réduire les dépenses de l’Etat et à contraindre ses ministres de rendre des comptes.

« Il a dit ce que beaucoup voulaient entendre mais l’enjeu n’est pas là. Joao Lourenço doit s’affirmer dans un système bétonné par trente-huit ans de pouvoir dos Santos, observe le politologue Didier Peclard, chercheur au Global Studies Institute de l’université de Genève. Il teste, plus rapidement que prévu, ses marges de manœuvre afin de définir s’il pourra faire sa place en intelligence avec le clan dos Santos ou s’il devra l’arracher dans la confrontation. »
Briser le monopole

Sur le plan économique, le nouveau chef d’Etat, adoubé à contrecœur par José Eduardo dos Santos qui espérait placer l’un de ses fils à la présidence, semble vouloir imprimer sa marque, délimiter son périmètre. Avec des solutions libérales, le militaire formé en Union soviétique a annoncé des mesures en faveur des entrepreneurs privés, d’un secteur bancaire défaillant et des investisseurs étrangers. Plus inattendu, il s’est dit déterminé à briser des monopoles sur des secteurs contrôlés par le clan dos Santos. Il a pris soin de citer le ciment, une industrie dans laquelle Isabel dos Santos, fille chérie de l’ancien président et femme la plus riche du continent, ainsi que son époux d’origine congolaise, Sindika Dokolo, qui siège au conseil d’administration du cimentier Nova Cimangola, sont particulièrement investis.

Joao Lourenço, qui avait fait campagne cet été sur le thème de la « continuité » aurait-il décidé de s’affranchir de l’influence de son prédécesseur au point de s’attaquer aux intérêts économiques de ses enfants ? Des décisions récentes vont dans ce sens.

Plusieurs caciques de l’ancien régime, trop porté sur les affaires, n’ont pas été reconduits dans son gouvernement, tels le général ministre Helder Vieira Dias, dit « Kopelipa », ex-chef de la Maison militaire de la présidence, ou encore l’ancien vice-président Manuel Vicente, accusé de corruption de magistrat par la justice portugaise.

D’anciens interlocuteurs et partenaires d’affaires confient avoir reçu pour consigne de rompre tout contact avec ces figures du pouvoir dos Santos s’ils souhaitent poursuivre leur relation avec le nouveau pouvoir. Et, en quelques semaines à la tête de l’Etat, « JLo » s’est risqué à avancer ses pions face à la reine Isabel dos Santos qui dirige notamment la société pétrolière d’Etat, Sonangol, sur nomination de son père en juin 2016.

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